Abstention des députés socialistes: «Manuel Valls a su contenir la fronde»

POLITIQUE Pour le chercheur Rémi Lefebvre, le Premier ministre a «plutôt bien géré» la séquence, au vu du contexte difficile...

Propos recueillis par Enora Ollivier

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Manuel Valls le 29 avril 2014 à l'Assemblée, avant son discours sur le programme de stabilité budgétaire.
Manuel Valls le 29 avril 2014 à l'Assemblée, avant son discours sur le programme de stabilité budgétaire. — Christophe Ena/AP/SIPA

Le programme de stabilité présenté par Manuel Valls a été voté mardi avec les seules voix de la gauche. Mais le groupe socialiste n’avait jamais enregistré tant d’abstentions – 41, sur les 286 votants – depuis deux ans. Rémi Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’université Lille-2 et spécialiste du Parti socialiste, décrypte le vote.

>> Le programme de stabilité passe à l'Assemblée avec une abstention record au PS

Quarante-et-un députés socialistes se sont abstenus mardi, est-ce beaucoup?

Ca crée un précédent, c’est une situation inédite depuis le début du quinquennat de François Hollande et une brèche dans la discipline parlementaire. C’est une majorité lézardée, mais nous sommes quand même loin des 100 signataires de l’appel [pour un «contrat de majorité »] de début avril. S’il va falloir compter sur ces récalcitrants, on peut noter que Manuel Valls a su contenir la fronde, compte tenu de la débâcle des municipales et de la difficulté de trouver un centre de gravité politique entre le Premier ministre et les députés.

Manuel Valls n’a-t-il pas pris un risque en faisant de cette consultation un vote symbolique?

Il a plutôt bien géré la séquence politique, et a fait preuve de tactique. Il a voulu traiter d’emblée les problèmes, et a forcé chacun à abattre ses cartes. En dramatisant les choses, il a aussi fait peur à certains députés, qui ont finalement voté pour. Et il est apparu comme déterminé et volontaire.

La majorité n’est donc pas déstabilisée?

Les 41 n’ont pas intérêt à «bordéliser» la situation, qui est déjà compliquée. Ils vont certes négocier leurs votes, mais des occasions comme celles de mardi ne vont, je pense, plus tellement se présenter.

Les abstentionnistes sont-ils l’émergence d’une nouvelle opposition au sein de la majorité?

En tout cas, ils ont tout intérêt à s’organiser. Le groupe n’est pas homogène, même s’il reste formé de représentants de la gauche du Parti socialiste: il y a des aubrystes, des membres de la Gauche populaire ou d’Un monde d’avance, le courant de Benoît Hamon. Mais tous les membres de ces mouvements ne se sont pas abstenus. Il est toutefois intéressant de voir les aubrystes – Jean-Marc Germain, Christian Paul – en tête de la fronde, alors qu’ils étaient jusque-là plutôt fondus dans le groupe. C’est sans doute le début d’une stratégie, et je pense que Martine Aubry, qui est restée silencieuse, ne devrait pas tarder à s’exprimer.