Le programme de stabilité passe à l’Assemblée avec une abstention record au PS

VOTE Le nombre des abstentionnistes du PS - 41 - a atteint la fourchette haute des pronostic...

Enora Ollivier

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Manuel Valls devant l'Assemblée nationale mardi 29 avril.
Manuel Valls devant l'Assemblée nationale mardi 29 avril. — Christophe Ena/AP/SIPA

«La ligne est donnée par le Premier ministre, elle est acceptée par le groupe socialiste, par le Parti socialiste. Toutes les planètes sont alignées.» Mardi après-midi à l’Assemblée, l’entourage de Manuel Valls se livrait à la philosophie astronomique pour déclamer son optimisme quelques heures avant le vote sur le programme de stabilité, finalement adopté avec 265 voix contre 232 et 67 abstentions.

Pourtant, avec 41 abstentions -du jamais vu- et 242 votes pour, le groupe socialiste ne s’est pas montré uni comme un seul homme lors de ce scrutin, loin s’en faut. «Il y a une majorité de gauche», s’est cependant réjoui Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, qui voit dans le vote une «marque de courage».

«Ressouder la majorité»'

C’est «le temps de l’alerte», a de son côté lancé l’abstentionniste Christian Paul. Pour lui, le «choc politique» doit être, pour de bon, le signal qu'il faut «ressouder cette majorité, autour du Premier ministre, que nous soutenons».

Le Palais-Bourbon a frémi de grogne tout l’après-midi. A droite contre ce programme de stabilité qui ne s’attaque pas à des «réformes structurelles». Et, surtout, à gauche, autant dans les rangs des abstentionnistes, déterminés comme jamais à faire front contre l’orientation édictée par le gouvernement, que dans ceux fustigeant les frondeurs.

Le Premier ministre a jusqu’au bout fait des appels du pied aux contrariés de sa majorité, assurant dans son discours les députés qu’ils seront «étroitement associés au suivi et aux évaluations des engagements pris par les représentants des entreprises».

«Une abstention constructive»

«Il n’y a rien d’austérité dans la politique que nous menons! Quand on fait de l’école et de la jeunesse une priorité, ce n’est pas de l’austérité», a-t-il encore asséné dans l’hémicycle quelques minutes avant le vote. Entre temps, Jean-Marie Le Guen, le ministre des Relations avec le Parlement, est allé discuter avec les récalcitrants.

Mais ni ces ultimes tentatives, ni le lest consenti lundi (sur le plan pauvreté et la revalorisation des petites retraites), ni la solennité du Premier ministre qui a conditionné «la légitimé du gouvernement» au résultat du vote n’ont réussi à inverser la tendance. Le nombre des abstentionnistes a atteint en définitive la fourchette haute des pronostics qui ont circulé tout l’après-midi dans les couloirs de l’Assemblée.

«La confiance, on l’a donnée le 8 avril», a tranché Jean-Marc Germain, député PS des Hauts-de-Seine, «elle ne saurait être engagée à chaque vote ». Laurent Baumel, élu d’Indre-et-Loire, a lui estimé qu’ «au lendemain des municipales, les Français nous ont demandé de revoir de façon beaucoup plus importante notre politique que simplement épargner les petites retraites du gel général». «C’est une abstention constructive», a-t-il continué, «nous espérons que le message aura été compris». Prochain vote sur lequel les abstentionnistes entendent peser: la loi de finances rectificatives, en juin.