Visite de Manuel Valls au Vatican: «Une signification positive pour les catholiques»

INTERVIEW «20 Minutes» décrypte la visite de Manuel Valls au Vatican samedi pour la canonisation de Jean-Paul II et Jean XXIII avec le spécialiste Nicolas Diat...

Propos recueillis par Maud Pierron

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Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a déclaré mercredi qu'il fallait "arriver" au droit de vote des étrangers non communautaires mais qu'il ne fallait pas "se précipiter" si on voulait "réussir et tenir cet engagement".
Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a déclaré mercredi qu'il fallait "arriver" au droit de vote des étrangers non communautaires mais qu'il ne fallait pas "se précipiter" si on voulait "réussir et tenir cet engagement". —

Samedi, Manuel Valls se rendra au Vatican pour assister à la béatification de Jean-Paul II et de Jean XXIII. 20 Minutes s’est penché sur sa visite et sur les relations entre la France et le Vatican en interrogeant Nicolas Diat, auteur de L’homme qui ne voulait pas être pape (Albin Michel), un essai sur le pape François…

Peut-on interpréter la visite de Manuel Valls comme un geste d’apaisement à l’égard des catholiques français et du Vatican, après les très fortes critiques sur le mariage pour tous et la politique de la famille plus globalement?

Le voyage de l’apaisement était plutôt celui du 16 janvier dernier quand François Hollande s’est rendu au Vatican pour rencontrer le pape François. C’était alors une visite de chef d’Etat à chef d’Etat. Samedi, cela n’engagera pas la relation diplomatique, car la canonisation relève d’un acte de foi, interne à l’Eglise catholique. Manuel Valls, depuis mai 2012, est déjà venu deux fois au Vatican (avec François Hollande en janvier, pour la canonisation d’un prêtre français en octobre 2012; Ndlr), c’est beaucoup. C’est le troisième voyage de Manuel Valls au Vatican, pour la canonisation d’un pape qui a marqué son époque, alors forcément, cela a une signification positive pour les catholiques. Mais il ne faut pas surinterpréter dans un sens ou dans l’autre.

Cela signifie-t-il que le Vatican n’aurait pas été choqué si Manuel Valls n’était pas venu?

Si le Premier ministre n’était pas venu ou s’il n’avait pas envoyé d’émissaire, cela aurait été mal compris par le Vatican et cela lui aurait été reproché par les catholiques. C’est un événement de foi, pas un événement diplomatique. C’est surtout un événement historique mondial. C’est la première fois que deux papes seront canonisés en présence de deux papes vivants sur la place Saint-Pierre. Une absence de représentation de la France aurait étonné. La problématique de foi se serait transformée en problème diplomatique. Que certains s’étonnent de la présence de Manuel Valls, ou la critiquent, c’est être à côté du débat. L’Histoire balaie tout.

Les relations entre la France et le Vatican changent-elles selon que la France a un un président de droite et un président de gauche?

A l’exception de Pompidou qui n’est jamais allé au Vatican et qui n’a jamais reçu de pape, globalement, il n’y a pas vraiment de différence, si ce n’est parfois, d’ordre protocolaire. Tous les présidents de la République sont chanoines mais Nicolas Sarkozy, par exemple, avait relevé son titre en pompes à la basilique de Latran. Mais dans le cadre de relation de chef d’Etat à chef d’Etat, il n’y a pas de véritable différence sur la forme. Et il faut faire la différence entre les relations diplomatiques et ce qui relève de la foi. Le Vatican ne s’ingère pas dans les affaires des pays. Par exemple, Valéry Giscard d’Estaing a accompagné la loi sur l’IVG à laquelle Paul VI était évidemment apaisé, mais les relations entre les deux hommes étaient apaisées. En janvier, certains avaient prédit une rencontre chaotique entre François Hollande et le pape François, mais tout s’était très bien passé. D’ailleurs, ça a été peu relevé mais le retrait de la loi Famille était concomitant avec cette rencontre. Ceci étant, on peut noter que François Hollande s’est fait désirer avant de venir.

Comment peut-on décrire les relations entre la France et le Vatican?

C’est une relation historique très forte, de proximité. La France est le premier pays à avoir ouvert une ambassade au Saint-Siège, la France est la langue diplomatique du Saint-Siège. La relation entre les deux Etats a toutefois été marquée par la rupture des relations au début du 20ème siècle, avec la loi sur la laïcité, jusque dans les années 20. Mais globalement, tout au long du 20ème siècle, on peut parler d’une relation apaisée, faite de convergences sur les grandes questions diplomatiques et les sujets ayant trait à la paix et à la dignité de l’Homme. Mais la France a eu de la chance car Benoît XVI et Jean-Paul II étaient très francophiles, Paul VI était un grand amoureux de la France, Jean XXIII a été nonce pendant 20 ans en France…. Ce sont des liens étroits. La visite de Manuel Valls vient nourrir cette longue histoire et faire en sorte qu’elle reste vivante. Manuel Valls fait cette visite dans une perspective historique, à la suite de beaucoup de représentants français, dans une relation marquée par le clivage gauche-droite, mais transcendée par sa force.

Une partie de la gauche critique la venue de Manuel Valls au Vatican et d’ailleurs, en 2011, le PS avait fortement critiqué François Fillon qui était venu pour la béatification de Jean-Paul II…

Chacun à le droit d’avoir son opinion en matière de religion. Mais les critiques de certains à gauche sur la venue d’un Premier ministre au Vatican, cela relève du jeu politique. C’est de la mousse politique qui fait l’écume de l’actualité et ne résiste pas à l’histoire.