Européennes 2014: L’UMP lance sa campagne sur fond de querelles intestines

ELECTIONS Au coude-à-coude avec le Front national dans les intentions de vote pour les européennes, l’UMP subit des dissensions internes à propos de l’Europe…

Anne-Laëtitia Béraud

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Le député UMP Laurent Wauquiez, le 24 septembre 2013 à Paris.
Le député UMP Laurent Wauquiez, le 24 septembre 2013 à Paris. — WITT/SIPA

L’UMP lance officiellement sa campagne pour les européennes ce jeudi, avec le dévoilement du programme du parti par le président Jean-François Copé. Mais alors que le Front national, europhobe, est au coude-à-coude avec le principal parti d'opposition dans les sondages, des dissensions persistent à l’UMP sur son projet européen. Avec, d’un côté, des europhiles à l’image de Jean-Pierre Raffarin ou Alain Juppé, et de l'autre, des «eurocritiques» tels Henri Guaino, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez.

La fronde a débuté le 2 avril, avec la charge d’Henri Guaino, député UMP des Yvelines et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Interrogé à propos d'Alain Lamassoure, tête de liste UMP en Ile-de-France aux européennes, Henri Guaino déclare sur Public Sénat qu’il «ne soutiendra pas» la campagne du pro-européen, un homme «qui incarne l’Europe dont plus personne ne veut.» Avant d’ajouter: «Je ne mettrai pas un bulletin à son nom (…) Je ne voterai pas pour l’incarnation d’une ligne qui est à l’opposé de ce que je pense et de ce que je crois être l’intérêt de mon pays.»

«Eurolucides» et eurocritiques

Quelques jours plus tard, paraît l’ouvrage du député et ancien ministre Laurent Wauquiez Europe: il faut tout changer. Ce dernier plaide pour un retour à l’Europe des six (sans le Luxembourg, membre fondateur de l’Union européenne, car c’est un «paradis fiscal», juge-t-il), à un protectionnisme et à la sortie de l’espace Schengen pour réguler l’immigration. Se qualifiant «d’eurolucide», Laurent Wauquiez plaide pour une «Europe à plusieurs vitesses», réaffirme-t-il sur Europe 1 ce mercredi. Une ligne jugée «ridicule» par l’ancien Premier ministre Alain Juppé.

Quant à Xavier Bertrand, il ne croit plus à une Europe à l’image de l’alliance franco-allemande Sarkozy-Merkel surnommée «Merkozy», lance-t-il le 13 avril dans le JDD. Plutôt que de renforcer le couple franco-allemand, l’ancien ministre estime qu’«il vaut mieux travailler avec les Anglais, comme sur l’Europe de la défense. Sur la PAC [politique agricole commune], certains pays d’Europe de l’Est peuvent être des alliés forts».

Une position sur l’Allemagne qui va à l’encontre de celle de Jean-François Copé, le président de l’UMP, qui a rencontré en tête-à-tête le 11 février à Berlin la chancelière Angela Merkel, en tant que patronne de la CDU. Pour le député-maire de Meaux (Seine-et-Marne), le modèle allemand peut donner exemple à la France, notamment sur la dépense publique ou sur la structure de son marché du travail.

«La parole de Nicolas Sarkozy serait utile»

Pour démêler les fils de cette confusion intra-UMP, les appels à Nicolas Sarkozy pour «fixer» la ligne du parti sur l’Europe se multiplient, de la part de François Baroin, puis Bernard Accoyer, et enfin Brice Hortefeux ce mercredi. «Je souhaiterais entendre sa voix [de Nicolas Sarkozy], avant les élections européennes, à la lumière du débat qui est en train de s’installer dans notre famille politique», explique François Baroin le 13 avril, à propos des «divergences» au sein de l’UMP. Le député-maire UMP d’Annecy-le-Vieux, Bernard Accoyer, estime quant à lui que «si cette confusion [sur l’Europe] persiste, oui, je pense que ce sera utile». «Oui, la parole de Nicolas Sarkozy serait utile», renchérit Brice Hortefeux, tête de liste UMP dans la région Grand centre, ce mercredi sur RTL.

Un point rallie tout de même l’UMP sans distinction: faire des élections de mai un nouveau revers pour François Hollande, après des élections municipales calamiteuses. Dans leur tribune «Parce que nous sommes patriotes, nous voulons changer d’Europe», datée du 18 avril, les candidats UMP visent leur cible dès le premier paragraphe: «Après son revers cinglant aux municipales, François Hollande a gardé la même équipe et la même ligne politique. (…) Seul un second désaveu en mai pourra le contraindre à sortir de l’impasse dans laquelle il enferme la France.» Défier le chef de l’Etat semble parfois plus facile que de se mettre d’accord sur le fond d’un projet européen.