Fréjus: Les premiers pas du frontiste David Rachline sous haute surveillance

POLITIQUE C'est l'une des villes emblématiques gagnées par le Front national lors des municipales...

A Marseille, Caroline Delabroy
Frejus : les premiers pas de David Rachline (FN)
Frejus : les premiers pas de David Rachline (FN) — JEAN-CHRISTOPHE MAGNENET / AFP

Déjà, au soir des deux tours de l’élection municipale, l’hôtel de ville de Fréjus avait attiré une foule inhabituelle. Le public est également venu plus nombreux qu’à l’accoutumée aux deux premiers conseils municipaux, tenus par la nouvelle majorité frontiste dirigée par David Rachline. Plus que jamais, la vigilance semble de mise dans cette ville récemment conquise par l’extrême droite. «Malgré notre détestation du FN, nous n’avons pas envie de porter de jugement a priori», affirme Alain, un militant associatif qui défend une telle surveillance citoyenne lors de ces conseils.

Vendredi, il a répondu à l’invitation lancée par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) de Fréjus-Saint-Raphaël pour créer un «observatoire de la démocratie locale». «L’objectif est de faire de la veille et de se mettre en réseau avec des associations d’autres communes devenues Front national, comme Cogolin et Le Luc», explique Isabelle Le Buzulier, présidente de la section locale de la LDH. «On attend, mais lorsqu’on regarde le parcours de David Rachline, qui n’est pas du tout un modéré, on ne voit pas comment les choses pourraient bien se passer», ajoute-t-elle.

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La réunion a lieu à la Maison des Associations, où la LDH tient une permanence hebdomadaire. Celle-ci ne perçoit pas de subventions de la mairie, qui s’est bien gardée pour le moment de faire comme à Hénin-Beaumont, où la nouvelle municipalité FN a supprimé son local à la LDH. «Comme chaque année, nous renouvellerons notre demande de permanence fin mai, on verra bien», déclare Isabelle Le Buzulier. De son côté, David Rachline assure qu’il est «normal qu’une association puisse obtenir une salle municipale». Depuis son élection le 30 mars dernier, qui avait donné lieu à des manifestations d’hostilité, le nouveau maire décline ainsi les paroles d’apaisement. «Notre méthode sera systématiquement le dialogue, la concertation et la proximité», a-t-il notamment déclaré en prenant ses fonctions.

«C’est une municipalité qui se met en place, les premiers conseils municipaux ont été très protocolaires», confirme l’UMP Philippe Mougin, arrivé second dans la triangulaire qui a permis au FN de l’emporter dans cette ville moyenne de 53 000 habitants. «Sur la vie de la cité, il peut y avoir des points de convergence, poursuit-il. J’ai par exemple voté pour supprimer l’extension d’un marché, afin de protéger le commerce de proximité. Mais chaque fois que le FN appliquera son idéologie, il trouvera mon opposition ferme.» Seul signe actuellement visible de cette idéologie, le drapeau européen qui a disparu du fronton de l’hôtel de ville, comme l’ont observé les internautes de 20 Minutes.

La mosquée, un dossier test

Le symbole n’a pas échappé à la socialiste Elsa Di Méo, qui avait retiré sa candidature entre les deux tours des municipales. «D’un point de vue du discours, David Rachline joue l’apaisement mais tous les signaux envoyés sont ultra-politiques», assure-t-elle. Et de citer également la nomination de Philippe Lottiaux, candidat malheureux du FN à Avignon, au poste de directeur de cabinet du maire. Un tremplin, disent certains, pour la fonction ô combien stratégique de directeur général des services. «C’est clairement une demande de Marine Le Pen, et donc un prolongement de la stratégie nationale du parti», selon Elsa Di Méo. Il y a une semaine, elle a lancé l’association «Forum Républicain» pour «remettre les digues républicaines» et «combattre le mensonge permanent». «Sur les cantines scolaires, il a dit qu’il ne reviendrait pas dessus, mais il ne peut toucher à la délégation de service public qui court pendant trois ans encore», cite-t-elle aussi en exemple.

L’un des tests à venir pour David Rachline est le dossier de la mosquée, dont le permis de construire avait été délivré par l’ancien maire, Elie Brun. Plus nuancé que durant la campagne, il dit aujourd’hui espérer «trouver un consensus». «J’ai demandé des éclaircissements sur le financement, la modération des prêches, la taille de la mosquée et les questions pratiques de stationnement», indique-t-il, rappelant que «le maire de Saint-Raphaël a déjà fait un recours contre le projet». A la question «Et si la voie du consensus n’aboutit pas?», David Rachline réserve toutefois sa réponse. Le dossier le plus important pour Fréjus, qui accuse un taux d’endettement critique (près de 3000 euros par habitant), reste les finances. «L’intégralité de la commune devra faire des efforts, pas plus les uns que les autres», répète David Rachline. Ces propos sont toutefois loin de rassurer le milieu associatif, inquiet des coupes financières à venir. Premier verdict le 31 avril, avec le vote du budget.