Plan d’économies Valls: Pourquoi le gouvernement dément toute «austérité»

POLITIQUE «Nous avons préservé les plus modestes. Les petites pensions sont épargnées», répond le Premier ministre à la nuée de critiques…

Mathieu Bruckmüller
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Porte-monnaie avec des billets en euros et avis d'impôt sur le revenu
Porte-monnaie avec des billets en euros et avis d'impôt sur le revenu — GILE MICHEL/SIPA

Des «efforts» oui, l’austérité, non. Depuis l’annonce mercredi par Manuel Valls du plan qui vise à économiser 50 milliards d’euros d’ici à 2017, les membres du gouvernement se relaient dans les médias pour en assurer le service après-vente.

Et ils ont du pain sur la planche, alors que l’aile gauche de la majorité est vent debout contre les mesures décidées à l’image du gel des prestations sociales, même si les minima sociaux sont exemptés.

11 députés PS en colère

«Nous n’avons pas été élus pour organiser la perte de pouvoir d’achat des retraités, des fonctionnaires et des salariés qui bénéficient de prestations sociales», tonne le député PS Christian Paul. Ce proche de Martine Aubry fait partie des 11 députés PS qui viennent d’envoyer une missive au Premier ministre l’enjoignant de limiter le montant des économies à réaliser à 35 milliards d’euros afin de limiter la casse sociale.

Le plan de l’exécutif a réussi le tour de force de faire presque l’unanimité contre lui chez les syndicats comme FO qui dénonce «l’austérité», tout comme le NPA, EELV, l’UDI, mais aussi le Front national.

Un terme qu’a récusé le Premier ministre mercredi soir sur France 2. A ses yeux avec la question de David Pujadas, il répond: «Nous avons préservé les plus modestes. Les petites pensions sont épargnées. Il ne s’agit pas d’un plan d’austérité. Les engagements de François Hollande sont préservés, avec le même nombre d’enseignants. Nous préservons les moyens pour l’éducation, les prisons, la recherche.»

Sur France Inter, jeudi matin, la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine a complété l’argumentaire du locataire de Matignon: «L’effort ne consiste pas à baisser les prestations sociales, c’est cela qui aurait été l’austérité.

Elle a assuré qu’en matière de santé, il n’y aurait «ni déremboursement, ni nouvelle franchise». «Nous ne sommes pas dans une politique d’austérité mais dans une politique sérieuse, responsable», a renchéri son collègue de Bercy, Michel Sapin en charge des Finances.


Malgré tout, ce plan d’économies est le plus important après celui de Pierre Mauroy en 1983 et devant celui de Raymond Barre en 1976, rappelle le journaliste économique François Langlet. En additionnant les 30 milliards de hausse d’impôts décidés depuis deux ans, il estime que c’est la facture la plus salée jamais présentée aux Français sous la Vème République.

Se distinguer des pays du Sud

A ce niveau-là, peut-on encore parler d’effort et non pas d’austérité? En refusant d’employer le terme d’austérité, le politique Stéphane Rozès, estime que le gouvernement de Manuel Valls cherche à se distinguer des potions plus amères infligées au sud de l’Europe comme en Grèce, en Espagne ou en Italie. Chez nos voisins transalpins, la facture s’élevait ainsi en 2010 à près de 100 milliards d’euros sur trois ans.

Dans la mesure où certains Français vont voir leur pouvoir d’achat diminuer avec le plan Valls, Stéphane Rozès suggère qu’à défaut d’austérité, en l’espèce «on peut au moins parler de rigueur». Là aussi un «gros» mot que les gouvernements de droite comme de gauche se sont toujours refusés à employer craignant que cela plombe le moral des Français.

Sauf quand ils ne sont plus de ce monde. François Fillon en 2007, alors Premier ministre, saluait, à l’annonce du décès de Raymond Barre, «l’homme qui sut mener une courageuse politique d’austérité en réaction aux chocs pétroliers. Demeuré malgré cela l’un des hommes politiques français les plus respectés et les plus populaires, son parcours démontre qu’il n’y a pas d’autre chemin que de dire la vérité aux Français et de prendre résolument des mesures parfois difficiles». Un exemple à suivre?