Elections européennes: Le PS fait campagne sur le rejet de l’austérité

POLITIQUE Le parti socialiste lance sa campagne pour les européennes ce jeudi. Pour certains, il faut «desserrer l’étau de Bruxelles»…

Enora Ollivier

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Des drapeaux français et européen devant le ministère de l'Economie et des Finances.
Des drapeaux français et européen devant le ministère de l'Economie et des Finances. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Pas facile de faire campagne pour une élection européenne qui, au mieux, entraîne peu d’engouement, au pire, suscite le rejet. Alors que des sondages prédisent déjà une défaite pour le parti au pouvoir, le PS lance ce jeudi sa campagne pour le scrutin du 25 mai. Et ce, au lendemain des mesures d’économie annoncées par Manuel Valls pour un montant de 50 milliards d’euros -une feuille de route que la France doit présenter à Bruxelles en mai.

Le PS se trouve donc dans la délicate position de faire campagne pour des élections alors même que la pression de Bruxelles est pointée du doigt, y compris au sein du parti. «Justement!», réagit Isabelle Thomas, députée européenne et tête de liste PS dans l’Ouest, «nous devons dire aux Français que c’est ça qu’il faut changer». Le PS, assure-t-elle, mise ainsi sur un programme qui met davantage l’accent sur le citoyen, et non plus «sur les marchés».

«Il faut desserrer l’étau de Bruxelles»

«Le choix qu’ont les électeurs, c’est entre l’austérité des conservateurs, qui sont les sortants, et la politique de croissance proposée par les socialistes», appuie Philip Cordery, député et secrétaire national du PS à l’Europe. Il assure que cette politique, qui pourrait se concrétiser par «de grands investissements au niveau européen, par exemple sur les autoroutes», est «complémentaire avec ce qui est fait nationalement, pour permettre la relance».

«Il faut desserrer l’étau de Bruxelles», poursuit Isabelle Thomas, parce que «l’exigence des 3 % [du PIB, seuil du déficit public établi par Bruxelles], ce n’est plus possible. Ca bloque toute politique de relance». Voilà donc les socialistes obligés de se livrer à un drôle de numéro d’équilibriste, faisant campagne contre les contraintes européennes qu’ils sont actuellement tenus de respecter.

«Nous ne sommes pas choqués par le fait que la France respecte les engagements pris lors du Traité de Maastricht, voté par les Français», a dès mercredi soir commenté le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis. «Mais nous estimons que les 3 %, élaborés avant la crise, ne correspondent plus à la situation actuelle. Donc il y a respect de la parole donnée, mais volonté de changer», a-t-il expliqué à l’AFP.

La France «ne peut pas résister seule dans un monde en mutation»

Reste à convaincre les électeurs, qui sont généralement tentés de voter en fonction des enjeux nationaux et ont fait entendre un message aux municipales. D’autant que l’abstention qui avait déjà frôlé les 60 % en 2009 menace à nouveau et que le FN se voit bien arriver en tête le 25 mai. «C’est un leurre de croire qu’on va sortir de l’Europe, comme le propose Marine Le Pen», argumente Philip Cordery quand Isabelle Thomas assure que la France «ne peut pas résister seule dans un monde en pleine mutation, bouleversé par la crise», elle a au contraire «besoin d’une Europe forte et d’une Europe qui protège».

Les socialistes -et leurs alliés en Europe- comptent sur la personne de Martin Schulz pour incarner cette campagne anti-austérité. L’Allemand, actuel président du Parlement européen et candidat des socialistes européens pour la présidence de la Commission, lance la campagne ce jeudi et participera à plusieurs meetings avant le scrutin.