Fonctionnaires: Combien de «hauts salaires» seront appelés à se serrer la ceinture?

POLITIQUE Ceux qui gagnent plus qu’un ministre sont dans le collimateur de Marylise Lebranchu…

Mathieu Bruckmüller

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Les carrières et rémunérations des quelque 5 millions de fonctionnaires étaient au menu des discussions au long cours engagées lundi entre la ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu et les syndicats, dans un contexte de gel des salaires depuis 2010.
Les carrières et rémunérations des quelque 5 millions de fonctionnaires étaient au menu des discussions au long cours engagées lundi entre la ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu et les syndicats, dans un contexte de gel des salaires depuis 2010. — Martin Bureau AFP

Ils risquent de mettre la main à la poche. Après la décision annoncée mercredi de geler jusqu’en 2017 le point d’indice des 5,2 millions de fonctionnaires, qui sert de base de calcul à leur salaire, dans le cadre du plan d’économies de 50 milliards d’euros du gouvernement, les plus hauts salaires de la fonction publique pourraient bien être obligés de se serrer un peu la ceinture.

Evoquant les négociations prévues en mai sur les traitements et les parcours professionnels, la ministre de la Fonction publique a indiqué jeudi sur RMC qu’elle appellera «à un geste de solidarité des plus hauts salaires, par exemple ceux qui gagnent plus qu’un ministre», c’est-à-dire plus de 9.940 euros bruts par mois. Et de donner un peu de corps à la promesse de Manuel Valls de demander des «efforts collectifs, équitablement répartis».

Une idée déjà évoquée pour aider la catégorie C

En juin 2012, déjà, le gouvernement Ayrault avait, au nom de «l’exemplarité», plafonné les rémunérations, fixes et variables, des dirigeants des entreprises publiques et de leurs filiales détenues par l’Etat, à 450.000 euros par an.

L’idée de Marylise Lebranchu n’est pas neuve. Elle l’avait déjà évoquée dans un entretien le mois dernier au Parisien. Ce «geste» pourrait ainsi bénéficier à 1,6 million d’agents de catégories C, qui gagnent à peine plus que le Smic. S’ils ont été augmentés en février de près de 50 euros bruts par mois, le point d’indice n’a pas été revalorisé depuis 2010.

Mais pour l’instant, il est trop tôt pour savoir quelle sera l’ampleur du «geste». «On ne fait pas ça comme ça autour d’une table de radio», a répondu Marylise Lebranchu à Jean-Jacques Bourdin. Interrogé par 20 Minutes sur le nombre de hauts salaires qui seraient mis à contribution, le ministère de la Fonction publique n’avait pas encore de réponse à donner.

Une étude de l’Insee de 2007 sur les très hauts salaires souligne que 0,05 % des fonctionnaires émargent à plus de 124.573 euros bruts par an ou 10.381 euros par mois. Cela concernait alors 1.200 fonctionnaires dans la fonction publique d’État et «quelques centaines seulement dans la territoriale».

Au vu de ses chiffres, le député apparenté PS de l’Aisne, René Dosière, spécialiste de la bonne gestion des deniers publics, estime qu’aujourd’hui près de 2.000 fonctionnaires ont une rémunération mensuelle supérieure à celle d’un ministre. Pour le parlementaire, il serait légitime de la diminuer temporairement. «Ce serait politiquement et moralement justifié», estime-t-il, jugeant que ces hauts salaires ne peuvent s’abstraire de l’effort demandé notamment aux fonctionnaires de catégorie C.

Une bonne centaine de fonctionnaires concernés

Le magazine Challenges révélait en mai 2012, peu après la décision de l’exécutif de baisser de 30 % la rémunération du chef de l’Etat et des membres du gouvernement, qu’une bonne centaine de fonctionnaires étaient mieux payés que le président de la République, soit au-delà de 14.910 euros bruts par mois.

Il s’agit de certains ambassadeurs et consuls comme en Afghanistan, en Irak, aux Etats-Unis, en Allemagne dont les émoluments peuvent friser les 30.000 euros mensuels. Les responsables des grandes directions à Bercy, mais aussi quelques agents de l’Assemblée nationale et du Sénat touchent plus de 15.000 euros nets par mois. Tout comme, explique Challenges, les patrons d’autorités administratives à l’instar de l’Autorité des Marchés Financiers, la Haute Autorité de Santé ou encore la Commission de régulation de l’énergie.