Secrétaire général de l’Elysée, un poste stratégique

POLITIQUE Souvent inconnu du grand public, le numéro 2 de l'Elysée, juste derrière le chef de l'Etat a pourtant une immense influence...

Enora Ollivier

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Le secrétaire général de l'Elysée, Pierre-René Lemas, sur le perron de l'Elysée, le 9 avril 2014 à Paris
Le secrétaire général de l'Elysée, Pierre-René Lemas, sur le perron de l'Elysée, le 9 avril 2014 à Paris — Martin Bureau AFP

«Sur proposition du Premier ministre, le Président de la République a nommé…». Avouez-le, vous avez découvert Pierre-René Lemas ces derniers jours, sur le perron de l’Elysée, déclamant, une feuille A4 dans les mains, le nom des ministres formant le nouveau gouvernement. Pourtant, le secrétaire général de l’Elysée est un personnage pivot dans le dispositif présidentiel, l'autre patron de l'Elysée, juste derrière le chef de l’Etat.

Ce mercredi, Pierre-René Lemas va laisser cette place stratégique à Jean-Pierre Jouyet, actuellement directeur général de la Caisse des dépôts et consignations et issu, comme lui et comme François Hollande, de la promotion Voltaire de l'Ena.

Trop «techno», pas assez «politique»

Le «secrétaire général de la présidence de la République» - c'est le titre officiel - est le plus haut fonctionnaire de l’Elysée et le principal collaborateur du chef de l'Etat. Ses fonctions sont multiples: il est à la fois conseiller politique et stratégique, porte-parole, il assure la coordination avec Matignon, les partis, les syndicats, fait remonter au Président toutes les informations qu’il juge utiles, filtre les dossiers, jette un œil sur les discours importants, prépare le Conseil des ministres, gère les affaires privées du chef de l’Etat. Savant mélange entre le «techno» et le «politique», il est, en somme, le tampon entre le président de la République et tout ce qui est extérieur à l'Elysée.

Pierre-René Lemas était justement jugé trop «techno» et pas assez «politique». Il manquait d’alliés à l’Elysée, racontait dernièrement un conseiller au Figaro, expliquant que «beaucoup contournaient et affaiblissaient son autorité».

Néron à l'Elysée

Mais si Pierre-René Lemas a tenu son rôle dans la discrétion, nombre de ses prédécesseurs se sont fait autrement connaître. L’histoire retient ainsi que c’est Dominique de Villepin, secrétaire général de l’Elysée pendant le premier mandat de Jacques Chirac qui a persuadé le Président de dissoudre l’Assemblée nationale en 1997. Celui qui deviendra Premier ministre huit ans plus tard est alors paru responsable de la défaite de la droite à ces législatives provoquées et de la cohabitation qui s'en est suivie pendant cinq ans – ce qui lui a valu le surnom, trouvé par Bernadette Chirac, de «Néron».

En 2007, Nicolas Sarkozy entreprend de transformer la fonction. Il rétablit très brièvement le poste de porte-parole de la Présidence, avant de le supprimer en 2008 après l'expérience Martinon, et permet au secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, de prendre une place sous les lumières. Pour la première fois, le titulaire du poste, qui se voit décrit comme une sorte de «vice-président» à l’américaine, donne des interviews, déclenchant parfois des polémiques, et fait de l'ombre à Matignon. Claude Guéant est nommé en février 2011 ministre de l'Intérieur et remplacé par le plus discret Xavier Musca, qui exercera la fonction de façon plus «traditionnelle».

Avant lui, plusieurs hommes sont passés par la case secrétariat général de l'Elysée avant de devenir ministres (Hubert Védrine, Jean-Louis Bianco) ou Premiers ministres (Edouard Balladur, Pierre Bérégovoy). Pierre-René Lemas, lui, devrait selon toute vraisemblance devenir directeur général de la Caisse des dépôts.