Les manifestations anti-austérité lancent la campagne des européennes

POLITIQUE Les partis de gauche et extrême-gauche européens mobilisent contre l’austérité économique européenne avant les élections du 25 mai…

Audrey Chauvet

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Manifestation de la gauche contre l'austérité le 12 avril 2014 à Paris
Manifestation de la gauche contre l'austérité le 12 avril 2014 à Paris — Pierre Andrieu AFP

Ils voulaient envoyer «vallser» l’austérité. Ce samedi, 100.000 manifestants selon les organisateurs, 25.000 selon la police, ont battu le pavé parisien pour s’opposer à l’austérité et à la politique du gouvernement. Si l’arrivée de Manuel Valls à Matignon a cristallisé le mécontentement des militants d’extrême gauche français, la dimension européenne de la manifestation était incarnée par Alexis Tsipras, le dirigeant du parti grec d’extrême gauche, invité d’honneur de Jean-Luc Mélenchon (PG) et Pierre Laurent (PCF). Arrivé vendredi pour participer au lancement de la campagne du Front du gauche pour les élections européennes, le candidat à la présidence de la Commission européenne a martelé: «Soit on est avec Mme Merkel et sa politique, soit on est à gauche et pour la rupture des politiques d’austérité», alors qu’au même moment Athènes accueillait, après plusieurs jours de manifestations, la chancelière allemande venue symboliquement saluer le retour de la Grèce sur les marchés financiers.

«Violence du désespoir» en Italie et en Grèce

Les slogans anti-austérité qui ont également résonné ce samedi à Rome, où 15.000 personnes étaient rassemblées, n’avaient toutefois pas tout à fait le même sens qu’à Paris ou Athènes. «La situation sociale n’est pas la même en France et en Grèce, reconnaît Eric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche, mais ce sont les mêmes mécanismes qui présentent les mêmes dangers: laisser la main aux marchés, à une économie dont le seul critère de succès est les taux de profit et pas le taux de chômage ou la protection sociale». Plus musclées, les manifestations dans le sud de l’Europe se font «avec la violence du désespoir», estime Eric Coquerel, qui pense que «la montée de l’extrême droite» et «le saccage du projet de coopération européenne basée sur la solidarité» sont à mettre sur le compte de «l’Europe de François Hollande et Angela Merkel qui donne le pouvoir à la finance».

Objectifs nationaux pour des élections européennes

Le 4 avril dernier, alors qu’une manifestation anti-austérité était organisée à Bruxelles à l’appel de la Confédération européenne des syndicats (CES), Harlem Désir, qui n’avait pas encore été nommé secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, annonçait le premier meeting de la campagne du Parti socialiste en insistant sur la volonté de «rompre avec les politiques d’austérité imposées par les conservateurs et donner la priorité à la croissance et l’emploi». Même son de cloche en Italie, où le chef du gouvernement Matteo Renzi a lancé la campagne de son parti de centre gauche en affirmant son opposition à une politique européenne uniquement basée sur l’austérité.

Une «entourloupe», selon Eric Coquerel, pour qui les socialistes français ne peuvent pas utiliser l’argument de l’opposition à l’austérité européenne pour faire campagne tout en «votant et appliquant des traités qui vont dans le sens de la réduction des dépenses publiques et de l’austérité salariale»: «Les européennes ne sont qu’une étape, précise le secrétaire national du Front de gauche. Notre objectif est d’arriver dans un an à ce que la défaite du PS ne soit pas la défaite de la gauche dans son ensemble et empêcher que le scénario se termine par un retour de la droite voire de l’extrême droite au pouvoir.» Des objectifs nationaux qui pourraient peser lourd dans les urnes pour les élections du 25 mai prochain.