Les RG reconnaissent avoir fiché un proche de Royal

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Les Renseignements généraux (RG) ont reconnu jeudi l'existence d'une fiche au nom de Bruno Rebelle, ex-directeur de Greenpeace France, actualisée "automatiquement, et sans ordre" lorsqu'il a rejoint l'équipe de campagne de Séglène Royal.
Les Renseignements généraux (RG) ont reconnu jeudi l'existence d'une fiche au nom de Bruno Rebelle, ex-directeur de Greenpeace France, actualisée "automatiquement, et sans ordre" lorsqu'il a rejoint l'équipe de campagne de Séglène Royal. — Fred Dufour AFP

L’affaire est portée devant la justice. L'ex-directeur de Greenpeace France, Bruno Rebelle, qui a rejoint l'équipe de campagne de Ségolène Royal et est visé, selon le «Canard Enchaîné» du 24 janvier, par une enquête des Renseignements généraux, va porter plainte contre X jeudi. Ses avocats, Jean-Pierre Mignard et Emmanuel Tordjman, soulignent que «la justice devra déterminer par qui, dans quelles conditions et par quels moyens cette enquête a été ordonnée».


Six personnes pendant trois jours

Les Renseignements généraux (RG) ont reconnu jeudi l'existence d'une fiche au nom de Bruno Rebelle, mais démentent avoir reçu un quelconque ordre du ministère de l’Intérieur. La fiche aurait été actualisée «automatiquement, et sans ordre» lorsqu'il a rejoint l'équipe de campagne de Ségolène Royal. «Le Parisien» daté de jeudi affirme au contraire qu’«un membre du cabinet de Nicolas Sarkozy a bel et bien demandé à la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) d’enquêter sur un proche» de la candidate socialiste, et ce selon «plusieurs sources proches du ministère de l’Intérieur».

Cette enquête aurait mobilisé six personnes pendant trois jours pour découvrir au final un divorce, un contentieux commercial (pour «l’achat d’une R5 en 1990» dixit l’intéressé) et l’éviction d’une association («J’ai quitté Vétérinaires sans frontières à la suite de divergences» d’opinion commente Bruno Rebelle).

Selon Le Monde, qui a obtenu cette fiche d'une page et demie, les RG se montrent par ailleurs très élogieux sur l'action de M. Rebelle au sein de Greenpeace, le qualifiant d'"excellent gestionnaire" et d'"homme de dossiers bien ficelés". A son arrivée, notent les RG, il a "entrepris une politique de redressement de l'organisation", où il a "rétabli la situation financière" et "doublé le nombre d'adhérents et de donateurs"».

Après la parution de l’article du «Canard Enchaîné», droite et gauche se sont empoignées par communiqués interposés. Le Premier secrétaire du PS, François Hollande, a demandé «qu'il y ait immédiatement des vérifications» sur cette affirmation du journal satirique. Directement visé par l’affaire, le ministre candidat, Nicolas Sarkozy, a rétorqué en qualifiant de «ridicules» ces accusations et en recommandant aux responsables socialistes de «garder leurs nerfs».
Secret de polichinelle

«Le cabinet du ministre de l'Intérieur ne demande pas d'enquête sur les gens», a-t-on affirmé Place Beauvau où l'on souligne que, «dès son arrivée en 2002, Nicolas Sarkozy a demandé aux RG de ne pas effectuer d'enquêtes politiques, souhaitant qu'ils se consacrent davantage à d'autres sujets, tels que la lutte contre le terrorisme ou l'économie souterraine dans les banlieues».

Dans le «Parisien», une source proche du ministère de l’Intérieur affirme au contraire «que les RG s’intéressent à l’entourage de certains candidats, ce ne devrait plus être un secret pour personne. Cela se faisait aussi sous le gouvernement de Lionel Jospin. Ça n’allait pas s’arrêter à l’annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy.

Réactions

A gauche, le socialiste Bruno Le Roux a estimé qu’il y avait «une confusion extrême, une utilisation des moyens de l'Etat, dans ce qu'ils ont de plus détestables, (…) pour essayer de soulever des rumeurs (…)». Peu avant le porte-parole du PS, Julien Dray avait dénoncé des «pratiques inacceptables».

A droite, l’UMP Pierre Lellouche a estimé que les membres de l’opposition étaient «gonflés! Qui est-ce qui a sorti 150 pages d'attaques personnelles sur Sarko d'une violence rare», s’est-il interrogé tandis que Patrick Devedjian assurait : «Entre Mme Royal et M. Hollande, on se partage les rôles. Elle fait des sourires, dit “je n'attaquerai pas mes adversaires”, fait des déclarations lénifiantes, et lui fait des déclarations léninistes, en procédant à des accusations formelles, graves, sans preuve aucune (…)».