Pourquoi Harlem Désir n’était pas apprécié à la tête du PS

POLITIQUE Le Premier secrétaire est accusé d'avoir plongé le parti dans un «coma profond»...  

E.O.

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Harlem Désir le 16 novembre 2013 lors d'un discours devant le conseil national à Paris
Harlem Désir le 16 novembre 2013 lors d'un discours devant le conseil national à Paris — Bertrand Guay AFP

Si l’on reproche à Harlem Désir qui vient d’être exfiltré de Solférino pour aller au gouvernement un manque de parole forte, ses quelques coups d’éclat lui sont presque toujours revenus au visage. L’exemple le plus flagrant remonte à octobre 2013, en pleine affaire Leonarda. François Hollande vient de s’exprimer pour proposer le retour de la seule jeune fille expulsée au Kosovo avec sa famille. Le même jour, le Premier secrétaire du PS demande que «tous les enfants de la famille de Leonarda puissent finir leurs études en France accompagnés de leur mère». Le Président aurait peu apprécié de se voir ainsi recadrer par le chef du parti…

Plus récemment, entre les deux tours des municipales, Harlem Désir annonce qu’en vertu du front républicain, le PS retire sa liste à Tarascon. Problème: avec 6,43% des voix, le parti ne s’était de toute façon pas qualifié pour le second tour. La déclaration avait été rectifiée par le secrétaire national aux élections mais avait eu le temps d’être copieusement moquée.

«Il n’a pas réussi»

De manière plus générale, François Hollande a jugé que Harlem Désir n’était «pas à la hauteur» à ce poste que le chef de l’Etat connaît bien pour l’avoir occupé pendant onze ans, entre 1997 et 2008. Le Président lui impute même une partie de l’échec du PS aux municipales. Le diagnostic est partagé par celui qui est appelé à prendre sa place à Solférino, Jean-Christophe Cambadélis. «Il n’a pas été bon dans son propre registre […] Il n’a pas réussi», a déclaré le député de Paris ce jeudi sur RTL, assurant qu’Harlem Désir «le pense lui aussi».

En 2012, Harlem Désir avait été imposé par quatre ministres poids lourds du nouveau gouvernement Ayrault –Manuel Valls, Pierre Moscovici, Vincent Peillon, Stéphane Le Foll. L’ancien président de SOS Racisme était alors considéré comme une personnalité plus consensuelle que Jean-Christophe Cambadélis. Mais les victoires de la gauche en 2012 ont envoyé au gouvernement ou à l’Assemblée de nombreuses personnalités et le Premier secrétaire s’est retrouvé à la tête d’un édifice affaibli dont il n’a pas réussi à faire entendre la voix.

Le PS, un «parc à moutons»

Le PS est ainsi devenu au fil des mois une structure quasiment uniquement dédiée à faire le «service après-vente» de l’action gouvernementale. Le PS est un «parc à moutons» avait critiqué Henri Emmanuelli, il y a une semaine. Le parti «n’existe plus, ni à l’attaque, ni en défense» avait jugé le député, lui-même ancien Premier secrétaire, voyant là les symptômes d’un «coma profond».

Charge au successeur d’Harlem Désir de réveiller le malade et de le faire vivre avec tous ses courants. La tâche va incomber à Jean-Chirstophe Cambadélis, réputé fin connaisseur de la cuisine politique de gauche, qui va assurer l’intérim en attendant un vote des militants.