Vote de confiance: Manuel Valls limite la casse à gauche

POLITIQUE Onze députés PS se sont abstenus de voter la confiance au Premier ministre…

Enora Ollivier

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Le Premier ministre Manuel Vallsaprès sa déclaration de politique générale à l'Assemblée nationale à Pairs, le 8 avril 2014
Le Premier ministre Manuel Vallsaprès sa déclaration de politique générale à l'Assemblée nationale à Pairs, le 8 avril 2014 — Eric Feferberg AFP

«Ce n’est pas la multiplication des pains, c’est la division des pains!», rit un parlementaire socialiste. La cause de cette joie toute en référence biblique est à trouver du côté du nombre de députés du groupe PS qui se sont finalement abstenus ce mardi dans le vote de confiance à Manuel Valls: 11, soit nettement moins que les quatre-vingt dix frondeurs exigeant un «contrat de majorité». En tout, le Premier ministre a rassemblé 306 voix contre 239 et 26 abstentions.

Dans le rôle de ce Messie républicain réalisant des miracles parlementaires, on trouve évidemment Manuel Valls. Le Premier ministre a «repris les choses en main» grâce à un «travail coordonné et salutaire avec les députés», note ainsi Thierry Mandon, le porte-parole des députés, qui estime qu’«on aurait pu craindre beaucoup plus» d’abstention. Le chef du gouvernement avait reçu dimanche à Matignon des parlementaires en colère -une rencontre qui a porté ses fruits.

«Nous n’avons pas voulu provoquer une dissolution»

Pour autant, les signataires de l’appel n’entendent pas baisser la garde. Christian Paul, un des initiateurs de la fronde martèle qu’il s’agit seulement là «d’un vote d’investiture». «Nous n’avons pas voulu provoquer une dissolution qui aurait ramené la droite au pouvoir», continue l’élu de la Nièvre, «nous voulons au contraire que ce gouvernement puisse travailler. Mais les désaccords restent réels». Les élus signataires comptent désormais se «retrouver chaque semaine» et «faire des contrepropositions». En ligne de mire: le pacte de responsabilité sur lequel ils entendent «peser» mais aussi l'Europe, où une «réorientation des politiques de stabiltié» est «nécessaire».

A l’aile gauche du PS, plusieurs n’ont pas fait ce calcul et ont choisi de s'abtenir. Parmi eux, le député de Paris Pascal Cherki qui dit «rester sur (sa) faim». Après la déconfiture des municipales, «j’attendais des réponses mais le discours n’est pas satisfaisant, on continue la même politique», explique-t-il.

«Dans quinze jours, tout se dégonfle»

Autre abstentionniste, Noël Mamère, membre du groupe écologiste, ne mâche pas ses mots. «Nous avons bien fait de nous méfier des propositions alléchantes de M. Valls, ce n’était que de la communication», lance l’élu, qui s’était déjà prononcé contre une participation des Verts au gouvernement. Il voit dans la baisse des cotisations salariales au niveau du Smic une «incitation à la précarité» et regrette que le passage sur la transition écologique ait duré «25 secondes» dans la déclaration de Valls.

Le Premier ministre a toutefois réussi à convaincre 10 des 17 élus écologistes de lui voter la confiance. «Il a compris le message des Français qui demandent qu’on soit rassemblés», lance François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône, qui avait été très critique après la décision d’EELV de claquer la porte du gouvernement. Tout en se disant «vigilant et exigeant», il salue les propos du chef du gouvernement sur «la décentralisation» et «la transition énergétique» qui se voit «validée». La question est maintenant de savoir si l’équilibre bâti sur ce vote de confiance pas forcément enthousiaste va tenir. Le pronostic vient d'un député UMP: «Dans quinze jours, tout se dégonfle».