Quatre conseils à Manuel Valls pour réussir son discours de politique générale

POLITIQUE - Le Premier ministre se plie mardi à cette tradition de la Ve République, qui risque de l'obliger à jouer les équilibristes...

Enora Ollivier

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Manuel Valls à l'Assemblée nationale, le 11 septembre 2013.
Manuel Valls à l'Assemblée nationale, le 11 septembre 2013. — LCHAM/SIPA

Tradition de la Ve République, la déclaration de politique générale du Premier ministre devant l’Assemblée nationale est avant tout symbolique. Il n’empêche que le nouveau patron de Matignon, 21e chef de gouvernement depuis 1959 à se plier à l’exercice, a là l’occasion de marquer son cap…et les esprits. Voici comment :

>> Etre percutant dans la forme. Le talent d’orateur n’est pas inné, y compris à ce niveau de pouvoir. Or, dans l’exercice, «l’absence d’éloquence est un handicap majeur», note Jean Garrigues, historien, professeur à l’université d’Orléans et à Sciences Po. Le chercheur, auteur du Monde selon Clémenceau (Taillandier, 2014), rappelle des discours ratés pour cette raison : Edith Cresson en 1991, Edouard Balladur en 1993, Jean-Marc Ayrault en 2012.  En revanche, des Premier ministres qui ont «trouvé une formule capable de résumer les idées fortes» s’en sont bien sortis. C’est le cas de Michel Rocard et de son «rêve» en 1988 ou de Jean-Pierre Raffarin  qui avait marqué en 2002 avec sa raffarinade «notre route est droite mais la pente est forte».

>> Imposer sa marque. La déclaration de politique générale, c’est «avant tout, imprimer un fil directeur», selon Jean Garrigues. «On pense immédiatement à la "nouvelle société" de Jacques Chaban-Delmas en 1969, ou au pacte républicain de Lionel Jospin en 1997». Pour cela, il faut dérouler non pas un programme mais «une ou deux idées fortes». L’exercice est complexe pour Valls car «il est obligé de reprendre à son compte le fil directeur qu’est le pacte de responsabilité» (une baisse des charges des entreprises en échange de créations d'emplois, ndlr) et qui a été pensé avant son arrivée à Matignon.

>> Faire entendre sa façon de gouverner. La tâche de Manuel Valls sera de «faire entendre une gouvernance nouvelle». «Il doit montrer un contraste avec une certaine mollesse attribuée à Jean-Marc Ayrault, et pour cela «mettre en relief son autorité et sa  qualité du chef de gouvernement», explique l’historien. Il faut donc qu’il montre «la force d’une direction».

>> Rassurer sa majorité…et les Français. Le Premier ministre a «peu d’espace» car sa «majorité est critique», analyse Jean Garrigues. Ce qui va l’obliger à jouer un drôle de numéro d’équilibriste: «il doit être socialiste et mettre en avant un volet social pour sa majorité, mais il doit aussi être social-démocrate et parler du pacte de responsabilité aux Français».