«Depuis 30 ans, le Parti socialiste n’a toujours pas défini une politique économique»

INTERVIEW Le politologue Gérard Grunberg revient sur la fronde d’une partie des députés PS à la veille du discours de politique général de Manuel Valls…

Propos recueillis par Mathieu Bruckmüller

— 

Manuel Valls le 21 décembre 2010 dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale à Paris
Manuel Valls le 21 décembre 2010 dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale à Paris — Joel Saget AFP

Beaucoup de bruit pour rien? Pour obtenir le vote de confiance des députés mardi à l’issue de son discours de politique général, le Premier ministre Manuel Valls devra composer non seulement avec l’opposition du Front de gauche et l’abstention possible des écologistes, mais aussi avec le vent de fronde qui souffle chez près d’un tiers des députés PS.

Quelque 86 ont signé un «contrat de majorité» afin de peser au Parlement sur la politique gouvernementale. Première exigence: «Obtenir une réorientation européenne» afin de ralentir le rythme de réduction des déficits. Or, le Premier ministre devrait détailler devant les parlementaires un effort inédit de 50 milliards d’économies entre 2015 et 2017. Même si certains signataires ont déjà dit qu’ils n’iraient pas jusqu’à voter contre la confiance du nouveau gouvernement, certains pourraient s’abstenir. Il faudrait l’abstention d’au moins 50 à 60 d’entre eux pour que le gouvernement n’obtienne pas la confiance. Un scénario crédible? Eléments de réponse avec le politologue Gérard Grunberg, directeur de recherche au Cevipof (centre de recherches de Science-Po).

Comment expliquez-vous cette fronde d’un tiers des députés PS?

Il y a un mécontentement à l’égard du chef de l’Etat et beaucoup de députés n’ont pas de sympathie pour Manuel Valls. Mais le plus important et c’est la même chose depuis 30 ans, c’est que le PS n’a toujours pas défini une politique économique claire et donc une politique européenne. Les déficits et la dette, il faut bien régler ces problèmes. On peut toujours dire que quand tout ira mieux, quand on aura relancé l’économie, on pourra se désendetter. Le problème c’est que nous allons avoir une croissance faible structurellement pendant plusieurs années.

Le risque que le gouvernement n’obtienne pas la confiance des députés est-il important?

Je ne crois pas, sinon cela mettrait le président de la République devant un cas de figure inédit sous la cinquième République. Ce serait la fin du gouvernement Valls et cela pousserait le chef de l’Etat à dissoudre l’Assemblée. Je ne pense pas que les députés PS aient envie d’aller jusque-là. Sinon, dans le contexte actuel, ils sont nombreux à risquer de ne pas retrouver leur siège en cas d’élections législatives anticipées.

Manuel Valls devra donc se livrer à numéro d’équilibriste dans son discours?

Il devra résoudre la quadrature du cercle: être à la fois courageux dans la politique volontariste de diminution des déficits, tout en trouvant un langage qui ne soit pas perçu comme une provocation par des députés qui attendent avant tout du nouveau gouvernement qu’il fasse du social.