VIDEO. Communication de Manuel Valls: «Il peut cannibaliser François Hollande»

INTERVIEW C’est ce qu’estime le publicitaire François Belley, après la première intervention du nouveau Premier ministre, au 20h de TF1 mercredi soir….

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

— 

Le Premier ministre Manuel Valls, le 2 mars 2014 sur le plateau du 20h de TF1. Lancer le diaporama
Le Premier ministre Manuel Valls, le 2 mars 2014 sur le plateau du 20h de TF1. — PATRICK KOVARIK-POOL/SIPA

Manuel Valls, nouveau Premier ministre, est un vieux routier de la communication. Ancien chargé de la communication à Matignon sous Lionel Jospin, puis directeur de la communication de François Hollande pour  la présidentielle de 2012, il connaît sur le bout des doigts les codes de cet univers. Le publicitaire François Belley decrypte pour 20 Minutes le personnage et sa communication, au lendemain de sa première intervention au 20h de TF1.

Manuel Valls, comme de nombreux hommes et femmes politiques, apparaît comme un spécialiste de la communication...

C’est l’une des grandes marques de ce gouvernement, avec Ségolène Royal et Arnaud Montebourg. Il aime la communication et sait l’utiliser. Omniprésent, il donne le «la» médiatique, sait scénariser son message pour les médias et les réseaux sociaux. Un exemple de son usage des mots: En Corse, après une série d'assassinats, il s’y était rendu [en octobre 2012], affirmant alors vouloir «s’attaquer à cette mafia qui gangrène la société corse». Cela rappelle le «kärcher» de Nicolas Sarkozy... Même sur la forme, il incarne le personnage, machoires serrées, peu souriant, dans l’affrontement viril quand il est pris à partie sur le terrain, à Trappes ou à Grenoble.


Manuel Valls : Colérique ou autoritaire? par 20Minutes

Manuel Valls a semblé plusieurs fois perdre ses nerfs, dans sa bisbille avec Cécile Duflot, ou encore à l’Assemblée nationale (voir la video ci-dessus)

Sur certaines de ces sorties dans l’hémicycle, envers Claude Goasguen [Manuel Valls a violement rappelé les jeunes années à l’extrême droite à ce député UMP, le 25 février 2014] ou sur la droite [accusée d’avoir provoqué le «retour du terrorisme», le 13 novembre 2012], celles-ci ont été jugées comme des dérapages. Je pense au contraire que tout était construit. Le dérapage, ou du moins ce qui est perçu comme un dérapage, crée l’événement. Les médias en parlent, ils vous invitent pour vous expliquer, vous pouvez en profiter pour faire passer votre message. Par expérience, Manuel Valls connaît ces codes, et sait bien les utiliser à son profit.

Désormais Premier ministre, quel est l’enjeu de Manuel Valls en termes de communication?

Manuel Valls était, jusqu’à sa nomination à Matignon, en cohérence avec son poste de ministre de l’Intérieur…en s’inscrivant d’ailleurs sur les pas de Nicolas Sarkozy.  Il incarne une autorité, un dynamisme. Manuel Valls s’est construit comme le «monsieur sécurité» de la gauche depuis des années, rédigeant notamment Sécurité: la gauche peut tout changer, en 2011... Mais la fonction de Premier ministre est bien différente de celle de ministre de l’Intérieur, la question est donc: saura-t-il évoluer pour s’adapter au poste? Dans tous les cas, il y a des choses qui ne changeront pas en termes de communication. Je veux parler de la réactivité, de la posture dynamique d’homme d’Etat.

>> Toutes les infos du jour sur l'après-remaniement, ce jeudi dans notre live

Pourrait-il faire de l’ombre à François Hollande?

Cela vieillira incontestablement le produit Hollande. Manuel Valls est plus jeune, bénéficie d’une dimension étatique certaine dont semble manquer François Hollande. Manuel Valls devrait aussi continuer à être omniprésent, comme l’était Nicolas Sarkozy dans les années 2000. Et on l’aime pour cela. Cela peut cannibaliser François Hollande, qui n’est pas dans ce temps ni cette attitude... Ou encore le «chiraquiser».