Commerce extérieur: Le bras de fer entre Bercy et le quai d’Orsay se durcit

POLITIQUE Un syndicat dénonce une «guerre de pouvoirs parisiens» alors qu'Arnaud Montebourg et Laurent Fabius revendiquent tous deux le commerce extérieur...

Mathieu Bruckmüller

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Arnaud Montebour et Laurent Fabius en 2014. (photomontage)
Arnaud Montebour et Laurent Fabius en 2014. (photomontage) — SIPA

Un couac qui se prolonge. La bataille entre Bercy et le quai d’Orsay pour mettre la main sur le portefeuille du Commerce extérieur se durcit encore un peu plus ce jeudi au lendemain de l’annonce du gouvernement de Manuel Valls.

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La passation de pouvoir entre Nicole Bricq qui occupait jusqu’ici le maroquin et le nouveau ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg ce matin, a été reportée, en attendant l'arbitrage de Matignon, a indiqué à l'AFP un fonctionnaire de Bercy.

La «diplomatie économique» fabusienne

Dès mercredi après midi, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et Arnaud Montebourg ont revendiqué l'un et l'autre le portefeuille du Commerce extérieur.

Si jusqu'à présent, ce dernier est de la compétence de Bercy, un éventuel  rattachement au Quai d'Orsay serait une première sous la Ve République et un «succès» pour l’ancien premier ministre qui a fait de la «diplomatie économique» le fer de lance de son action au ministère des Affaires étrangères

«Nous nous mobilisons pour les grands contrats, pas assez pour le commerce courant», disait-il en août 2012, annonçant dans la foulée l'organisation au ministère chaque année d'une «journée portes ouvertes» pour les entreprises, la création au Quai d'Orsay d'une direction dédiée, la définition «d'objectifs qualitatifs et quantitatifs» pour les ambassades ou l'établissement de conseils économiques avec des chefs d'entreprises.

Moscovici sur le départ monte au créneau

Mais, euphémisme, ce nouvel axe politique du Quai d’Orsay n’a pas toujours été bien vécu à Bercy qui avait le sentiment de voir ses plates-bandes empiétées. Résultat une guéguerre entre les deux ministères parfois contreproductives sur le terrain. Malgré tout, à Bercy, on ne s’avoue pas vaincu. Loin de là.

«Bercy a été un acteur de la diplomatie économique et il n'y a pas de diplomatie économique sans Bercy», a réaffirmé jeudi le ministre sortant de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici. 

Et les syndicats s’en mêlent. L’organisation majoritaire des agents du Commerce extérieur (SPRIM), affiliée à Force Ouvrière (FO) s’est dite opposé ce jeudi au transfert de ce portefeuille au Quai d'Orsay. Son secrétaire général, Bernard Boidin estime que les près de 700 agents du commerce extérieur, rattachés à la direction générale du Trésor, «ne sont pas des diplomates».

«Les agents ne veulent en aucun cas être écartelés entre différentes administrations», selon lui avec la crainte en bout de ligne  d'être «dilués» au sein du ministère des Affaires étrangères, présenté comme «un mammouth de 12.000 personnes».

Fleur Pellerin dans les pas de Nicole Bricq

«Il est aberrant de voir à quel point ce réseau est convoité et nous ne comprenons pas très bien pourquoi», a ajouté le secrétaire général du SPRIM, manifestement agacé par ce qu'il décrit comme «une guerre de pouvoirs parisiens» qui «fait désordre».

Il faudra attendre peut-être attendre jusqu’à mardi, jour de nomination officielle des secrétaires d’Etat pour voir qui d’Arnaud Montebourg ou de Laurent Fabuis obtiendra le Commerce extérieur dans son périmètre. Une chose est sûre, d’après l’Elysée, c’est Fleur Pellerin, jusqu’ici ministre déléguée chargée de l'économie numérique qui prendra le poste de Nicole Bricq comme secrétariat d'Etat au commerce extérieur.