Remaniement: Dans les cabinets ministériels, le blues du départ

TEMOIGNAGES Quand un ministre s’en va, en coulisse, son équipe fait aussi ses cartons…

Anne-Laëtitia Béraud
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Le Premier ministre démissionnaire Jean-Marc Ayrault salue les personnels de Matignon, le 1er avril 2014.
Le Premier ministre démissionnaire Jean-Marc Ayrault salue les personnels de Matignon, le 1er avril 2014. — L. Bonaventure/AP/SIPA

Jour J pour les cartons. Alors que le secrétaire général de l’Elysée a annoncé mercredi midi la composition du nouveau gouvernement de Manuel Valls, en coulisse, on s’est déjà préparé au changement. Les membres des cabinets ministériels, cette équipe qui entoure le ministre, sont les victimes collatérales des remaniements gouvernementaux. Et ce mercredi soir, si certains convolent à un nouveau ministère, d’autres bouclent leurs cartons pour un départ aussi discret que sans retour.

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Avec le nouveau gouvernement de Manuel Valls, le rythme est aussi rapide que la procédure rodée. «On a commencé les cartons mardi et terminé ce mercredi matin. C’est rapide, très rapide…», confie l’une des membres d’un cabinet ministériel délégué, toujours officiellement en fonction.

«Nous, on avait eu une dizaine de jours car l’on savait que de toute manière, même si la droite passait, le secrétariat d’Etat serait supprimé», raconte un ex-membre de cabinet sous Nicolas Sarkozy. «On a eu une dizaine de jours pour finir les dossiers les plus urgents, faire tourner la broyeuse, archiver les dossiers et les mails». Et même sans changement de majorité, «la broyeuse fonctionne pas mal, histoire de ne pas trop en laisser pour les successeurs qui seront forcément moins bons que toi», raconte un autre membre d’un cabinet ministériel.

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Coup de stress, coup de blues. «C’était une période très dure. Tous les conseillers essayaient frénétiquement de se recaser, car du jour au lendemain, ils étaient au chômage», raconte l’ancien membre du secrétariat d’Etat sous Nicolas Sarkozy. «A l’affût du moindre bruit de couloirs, ils activaient tous leurs réseaux dans les ministères ou au Parlement pour essayer de connaître le nom du futur ministre, de son équipe, du chef de cabinet, enfin de la personne à qui envoyer un CV. C’était nerveusement épuisant», continue-t-il.

Période psychologiquement difficile

Vient ensuite l’après. «Du jour au lendemain, tout s’arrête. Tu ne sers plus à rien, alors que tu t’es donné à fond pendant deux ans, que tu as travaillé du mieux que tu pouvais pour le pays, que tu as aussi eu une vie sociale pourrie pendant tous ces mois», raconte cet autre membre du cabinet d’un ministère régalien sous Nicolas Sarkozy.

Et, parallèlement à l’adrénaline qui redescend, figure le souci lancinant de retrouver du travail. «Contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’était pas si facile que cela de retrouver du travail après cette expérience. Seul un tiers des personnes que je connaissais en cabinet ont retrouvé du travail après six mois», confie cet ancien membre d’un secrétariat d’Etat. «Cela dépendait beaucoup de ton ministre», nuance un autre. «Contrairement à l’image qu’il donnait dans les médias, mon ministre était très proche de ses équipes. Il m’a reçu plusieurs fois, m’a téléphoné. Ca a payé. Mais c’était loin d’être le cas partout et pas mal restaient sur le carreau».

«J’ai eu besoin de six mois pour me désintoxiquer de ces mois en cabinet. Mais maintenant, avec le recul, je me dis qu’il y a plein d’autres choses dans la vie», confie celui qui travaille désormais dans une filiale d’une grande entreprise publique française. Contrairement à cet autre, qui a «attrapé le virus. Si on me proposait de revenir, je signerais».