Remaniement: «La bande des quatre Valls-Taubira-Hamon-Montebourg a raflé la mise»

INTERVIEW C’est ce qu’estime le politologue Thomas Guénolé, après l’annonce de la composition du gouvernement de Manuel Valls ce mercredi midi…

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud
— 
Manuel Valls et François Hollande sur le perron de l'Elysée à l'issue de leur entretien le 2 avril 2014 à Paris
Manuel Valls et François Hollande sur le perron de l'Elysée à l'issue de leur entretien le 2 avril 2014 à Paris — Eric Feferberg AFP

Le Président François Hollande avait annoncé lundi soir un remaniement, promettant un «gouvernement de combat» avec une «équipe resserrée, cohérente et soudée». Après l’annonce du gouvernement de Manuel Valls, ce mercredi midi, Thomas Guénolé, politologue et maître de conférences à Sciences Po, analyse pour «20 Minutes» sa composition.

Comment interpréter le gouvernement de Manuel Valls?

Contrairement à ce qu’avait dit François Hollande, parlant de «gouvernement de combat», on assiste plutôt ici à un gouvernement de panique. C’est une erreur de changer de Premier ministre à quelques semaines des élections européennes, dont on sait déjà qu’elles seront une nouvelle claque pour la gauche. C’est préoccupant.

Quant aux ministères les plus sensibles?

Les postes clés de ce gouvernement ont été attribués au dernier carré des grognards du socialisme, aux amis du Président: il s’agit de Michel Sapin aux Finances, François Rebsamen au Travail, Bernard Cazeneuve sur le poste sensible qu’est l’Intérieur. Mais ce bastion de la hollandie apparaît très fragile.

Parallèlement à ce carré, on a la victoire de la bande de quatre, qui forment une coalition de pouvoir pour faire peser leurs intérêts au sein du gouvernement. Après Manuel Valls à Matignon, on a Christiane Taubira confortée à la Justice, Benoît Hamon qui monte en grade en décrochant l’Education, tout comme Arnaud Montebourg à l’Economie. Tous sont liés à Aquilino Morelle, la plume [conseiller influent qui écrit les discours] de François Hollande. Cette bande de quatre a aujourd’hui clairement raflé la mise.

Quels sont les signaux adressés aux Français avec ce gouvernement?

Ce casting gouvernemental n’apportera pas des réponses aux sujets les plus graves, à savoir la dette publique, privée, écologique et sociale de la France. Avec ce remaniement, on assiste un peu à une téléréalité gouvernementale.

Que dire de l’arrivée de Ségolène Royal à l’Ecologie?

C’est un bon choix pour l’écologie, avec le départ des écologistes du gouvernement. Ségolène Royal est légitime sur le poste. Elle s’est positionnée sur ce dossier depuis des années au sein PS, a travaillé dessus en Poitou-Charentes [Ségolène Royal préside cette région depuis 2004] avec une ligne sociale libérale. Cependant, une meilleure option pour ce ministère aurait été une personnalité écologiste non issue du PS, tel Nicolas Hulot. Par ailleurs, le fait qu’il y ait un passif entre Ségolène Royal et François Hollande peut prêter à sourire.

…et d’Arnaud Montebourg à l’Economie?

C’est une excellente idée dans l’optique de la campagne pour les élections européennes. Avec son orientation [le ministre est un opposant virulent à la Commission européenne, notamment pour sa politique de concurrence], Arnaud Montebourg est une pièce maîtresse électoraliste pour que la gauche limite la casse aux élections du 25 mai.