Parité, signal à l’aile gauche, ménage à Bercy: Ce que nous apprend la constitution du gouvernement

POLITIQUE Premiers enseignements de ce nouveau gouvernement…

Maud Pierron
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Manuel Valls et François Hollande sur le perron de l'Elysée le 2 avril 2014.
Manuel Valls et François Hollande sur le perron de l'Elysée le 2 avril 2014. — E. FEFERBERG / AFP

Constituer un gouvernement est toujours une affaire de dosage politique, de messages et de symboles. Celui constitué ce mercredi (en attendant les secrétaires d’Etat la semaine prochaine) par Manuel Valls et François Hollande ne déroge par à la règle.

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Premiers engagements tenus: il s’agit d’un gouvernement resserré et paritaire, qui compte 16 ministres, mais dans les huit premiers ministres dans l’ordre protocolaire, il n’y a que trois femmes.

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Mais ce gouvernement de combat compte peu de nouveaux visages: seuls Ségolène Royal (à l’Ecologie, au Développement durable et l’Energie) et François Rebsamen (Travail, Emploi et Dialogue social). De fait, Manuel Valls et François Hollande ont plutôt réorganisé leur équipe (seulement sept ministres ont changé de poste sur les 16) et conservé les plus expérimentés, font-ils savoir.  Parmi les sortants, deux ministres présentés en 2012 comme des poids lourds qui ont déplu: Pierre Moscovici est éjecté de Bercy, non pas par incompétence mais parce qu’il n’imprime pas dans l’opinion, et Vincent Peillon a, lui, beaucoup déçu à l’Education.

Arnaud Montebourg promu

L’un des messages les plus clairs envoyés, c’est celui à l’aile gauche du PS, opposée à la nomination de Manuel Valls, à qui des postes clés et importants ont été donnés. Deux de ses représentants ont en effet obtenus une belle promotion. De ministre délégué à l’Economie solidaire, Benoît Hamon devient ministre de l’Education, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, un grand pôle qui était auparavant occupé par trois ministres. Arnaud Montebourg de son côté prend la tête du ministère de l’Economie, en gardant le Redressement productif.

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Arnaud Montebourg sera l’un des deux visages de Bercy avec Michel Sapin, aux Finances et Comptes publics, contre sept auparavant (y compris avec les secrétaires d’Etat). Ici, le Premier ministre et le chef de l’Etat ont fait le ménage et tenté de rationnaliser Bercy, d’où plusieurs couacs étaient partis. Au tonitruant la scène politique française, à Michel Sapin les relations avec les partenaires européens. On peut déjà se poser la question de la complémentarité de ces deux ministres, au profil très opposés: eurosceptique et antimondialisation pour l’un, pro-européen et plutôt social-démocrate pour l’autre.

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Bonne entente entre Valls et Hollande

Il faut noter que les Hollandais, qui se plaignaient de leur sort dans les heures précédents le gouvernement, s’en sont plutôt bien sortis: Stéphane Le Foll (Agriculture et porte-parolat), Michel Sapin et Jean-Yves Le Drian (qui reste à la Défense) sont confortés. La petite surprise vient du maintien de Christiane Taubira à la Justice, alors même qu’elle entretient de mauvaises relations avec Manuel Valls, qu’elle s’est illustrée récemment dans l’affaire des écoutes et qui laissait entendre qu’elle était las.

Mais voilà, Christiane Taubira s'est révélée lors des débats pour le mariage pour tous et elle est devenue l'une des figures les plus populaires à gauche. Pas inutile quand le Premier ministre passe pour être droitier. Pas sûr toutefois que sa réforme pénale passe en l’état.

Enfin, il semblerait que ce gouvernement soit réellement le fruit d’une réflexion commune entre Manuel Valls et François Hollande. Pas de coup de force de l’un ou de l’autre. Il n’y a pas de vallsiste patenté dans le gouvernement, mais la garde rapprochée du  Président ne «truste» pas les meilleurs maroquins.

La preuve avec le cas de l’Intérieur, où Manuel Valls a poussé son candidat, Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère, contre celui de François Hollande, François Rebsamen, patron des sénateurs socialistes. Finalement, c’est un troisième homme qui a entériné le compromis: le fabusien Bernard Cazeneuve.

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