Bernard Cazeneuve, nouveau ministre de l’Intérieur de compromis

POLITIQUE La réputation de cet avocat de profession tranche avec l’image habituellement «forte» des locataires de la place Beauvau…

William Molinié

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Le ministre délégué au Budget, Bernard Cazeneuve, a annoncé mercredi à l'Assemblée nationale que près de 16.000 contribuables qui avaient des comptes bancaires à l'étranger s'étaient déclarés depuis fin juin à l'administration fiscale, dont 80% étaient titulaires de comptes en Suisse. 
Le ministre délégué au Budget, Bernard Cazeneuve, a annoncé mercredi à l'Assemblée nationale que près de 16.000 contribuables qui avaient des comptes bancaires à l'étranger s'étaient déclarés depuis fin juin à l'administration fiscale, dont 80% étaient titulaires de comptes en Suisse.  — Jacques Demarthon AFP

Le député du Finistère ou le sénateur-maire de Dijon? Jean-Jacques Urvoas et François Rebsamen étaient sur la liste d’attente pour poser leurs valises Place Beauvau. Mais on ne savait pas dans quel ordre… Le premier avait le soutien du nouveau Premier ministre, le second, du Président de la République. Finalement, le consensus est venu d’un troisième homme, Bernard Cazeneuve, nommé ministre de l’Intérieur.

François Hollande voulait garder des soutiens proches dans le gouvernement. Et surtout à des postes clés. Il a refusé que le poulain de Manuel Valls, Jean-Jacques Urvoas, prenne la place du premier flic de France. De son côté, il était hors de question pour le Premier ministre de «cohabiter» avec François Rebsamen, le frère-ennemi, qu’il juge trop proche des «anciens réseaux Joxe».

D’autres noms ont été évoquée

En guise de consensus, un troisième homme à l’étiquette «police» beaucoup moins marquée, est sorti du chapeau. L’ancien député-maire de Cherbourg socialiste, Bernard Cazeneuve, avocat de profession, est un habitué des démêlements compliqués. Il avait été projeté ministre du Budget dans le gouvernement Ayrault, après le scandale Cahuzac. Il doit sans doute sa place à Beauvau au ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian qui aurait refusé de signer à l’Intérieur pour rester à son poste.

 

Ce proche de François Hollande ne sera sans doute pas un ministre de l’Intérieur «fort». Un bon connaisseur de la place Beauvau estime que «c’est le signe que Manuel Valls gardera la main sur l’Intérieur». Pour un autre, qui y voit «un choix très surprenant à première vue», estime que «le coup est bien joué». «Urvoas, c’était le signe que Valls avait gagné. Rebsamen, il en était hors de question pour Valls. Ils sont allés regarder dans une autre direction», poursuit ce policier.

Image de bureaucrate

La nomination de Bernard Cazeneuve, 50 ans, à l’Intérieur tranche avec l’image des anciens locataires de la Place Beauvau, plutôt interventionnistes, aux styles bien tranchés et adeptes des déplacements médiatiques. Pour preuve, le poste de secrétaire général de l’Elysée avait un temps été évoqué pour l’ancien ministre du Budget qui a surtout laissé une image de bureaucrate à Bercy.

Pour Jean-Jacques Urvoas, en compétition pour ce poste, le choix de Bernard Cazeneuve est «rassurant».