Laurent Fabius, nommé ministre des Affaires étrangères et du Développement international

REMANIEMENT Le ministre des Affaires étrangères voit son portefeuille élargi…

Anne-Laëtitia Béraud avec Maud Pierron
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Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le 26 février 2014.
Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le 26 février 2014. — MEUNIER AURELIEN/SIPA

Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius voit son portefeuille élargi à la faveur du remaniement. Le poids lourd du gouvernement a été nommé «ministre des Affaires étrangères et du Développement international», comme l’a annoncé le secrétaire général de l’Elysée Pierre-René Lemas ce mercredi matin. Laurent Fabius a donc désormais, en plus des Affaires étrangères, la charge du développement international. Au Royaume-Uni, ce dossier recouvre les domaines de l’aide humanitaire et de l’aide au développement.

Avec cette nomination, Laurent Fabius se voit conforté dans son ministère. L’homme est le plus capé du gouvernement: il a été le plus jeune Premier ministre, entre 1984 et 1986, à 38 ans. Avant Matignon, il avait déjà été, toujours sous Mitterrand, ministre délégué au Budget et ministre de l’Industrie et de la Recherche. Entre 1988 et 1992, il obtient le poste très convoité de président de l’Assemblée nationale, qu’il délaisse jusqu’en 1997 avec l’arrivée de la droite au pouvoir, pour le récupérer entre 1997 et 2000. Là, Lionel Jospin le rappelle au ministère de l’Economie, pour prendre la suite de DSK, forcé de démissionner à cause des affaires de la Mnef et de la cassette Méry. Avec l’élection de François Hollande à l’Elysée en 2012, Laurent Fabius souhaitait le Quai d'Orsay. Il obtient le poste, aux dépens de Pierre Moscovici.

Briser l’image de grand bourgeois

Souvent comparé à Alain Juppé, Laurent Fabius est brillant mais parfois hautain, respecté par son parti mais parfois boudé par l’opinion. Laurent Fabius tente bien de briser son image de grand bourgeois –son père est un très riche antiquaire– en publiant Cela commence par une balade en 2003, dans lequel il explique notamment qu’il aime faire de la moto et manger des carottes…

S’il n’a eu aucun mal à se faire élire député dans la 4e circonscription de la Seine-Maritime, Laurent Fabius a pris un four lors de la primaire socialiste en 2006 arrivant à la troisième et dernière place, avec 18,66 % des voix. Dans l'opinion, s'il reste lié à l’affaire du sang contaminé, un dossier pour lequel il a été relaxé en mars 1999 par la Cour de justice de la République du délit d’«atteinte involontaire à la vie», il bénéficie désormais de bonnes cotes de popularité. Une popularité dont il connaît «la fragilité», «pour être passé par tous les éléments du cycle, au pinacle, tout en bas, en haut et au milieu».

Au service de Hollande, sans états d’âmes

Avec François Hollande, les relations ont toujours été très compliquées, notamment au moment du Traité européen de 2005. François Hollande, alors premier secrétaire du PS, défendait le «oui» quand Laurent Fabius se retrouvait à défendre le «non» avec Jean-Luc Mélenchon. A ce moment, beaucoup ont reproché à François Hollande de ne pas avoir exclu l’ancien Premier ministre, qui ne se privait pas de lui tailler un costume en off, ou pas. «Guimauve» et «fraise des bois», ces surnoms viennent du camp Fabius. Lors des primaires, Fabius soutient Martine Aubry et lâche, pendant la campagne, «Hollande président? On croit rêver!».

Mais dès la désignation de François Hollande, Laurent Fabius a rencontré François Hollande pour se mettre à son service. «Sans état d’âme», se rappelle l’actuel chef de l’Etat. Il met à disposition du candidat socialiste tous ses réseaux d’intellectuels, les plus brillants et constitués du PS et continue le travail qu’il avait entamé pour Martine Aubry. Il l'a même nommé comme représentant spécial à l'étranger: Fabius a donc multiplié les voyages à l'étranger (Chine, Proche-Orient, Japon) au nom de Hollande, préparant ainsi son poste aux Affaires étrangères.  

Alors que les rumeurs de remaniement se faisaient de plus en plus pressantes, Laurent Fabius a affirmé début mars n'être pas intéressé par le poste de Premier ministre, ne demandant «rien d'autre» que de rester à la tête du Quai d'Orsay. Dernier succès: Alors que la gauche a subi une gifle aux élections municipales et a précipité ce remaniement, la liste du ministre a été élue dès le premier tour des élections municipales (76%) au Grand-Quevilly, en Seine-Maritime. Laurent Fabius y était placé en 11e position.