Le bilan mitigé de Vincent Peillon à l'Education

EDUCATION Le ministre a changé le discours sur l'école et a initié des chantiers importants. Mais le dossier des rythmes scolaires a fragilisé son action...

Delphine Bancaud
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«On ne peut être juste tout seul, à l’être tout seul on cesse de l’être». Une citation de Merleau-Ponty que méditera certainement Vincent Peillon, auteur d’une thèse sur le philosophe, à l’heure de son départ de la rue de Grenelle.

Lorsqu’il devient ministre de l’Education en mai 2012, l’ancien professeur de philosophie a tout pour plaire: une vision claire de l’éducation, la promesse présidentielle de 60.000 postes supplémentaires sous le bras et un charisme certain. Dès son arrivée rue de Grenelle, il impose un nouveau ton, résolument différent de celui de son prédécesseur, Luc Chatel. «Il y a eu une vraie rupture, avec un discours positif sur l’école et une mobilisation sur la réduction de l’échec scolaire», reconnaît Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp. La méthode elle aussi a changé: «Il a rétabli un vrai dialogue social avec les syndicats, fondé sur une écoute réelle», souligne Frédérique Rolet, cosecrétaire générale du Snes.

L’épineuse question des rythmes

La feuille de route du nouveau ministre, avec la priorité donnée au primaire, fait aussi l’unanimité. Le dispositif plus de maîtres que de classes, la remise au goût de la scolarité de moins de trois ans sont salués. La formation des enseignants cassée sous le quinquennat précédent est aussi reconstruite, via les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation. «Il a ouvert des chantiers qui étaient en souffrance depuis trop longtemps (la reforme des programmes, le renforcement des moyens de l’éducation prioritaire, les discussions sur le statut des enseignants…) et a fixé un cap pour les quinze ans à venir avec sa loi pour la refondation de l’école», explique Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa.

Des ambitions louables, qui se sont pourtant frottées à la réalité du terrain, le ministre ayant parfois parfois brûlé les étapes ou négligé les problèmes concrets posés par la mise en œuvre de ses réformes. «Sur les rythmes scolaires, il a été maladroit. Il n'a pas suffisamment préparé politiquement et financièrement la réforme avec les collectivités», souligne Christian Chevalier. Ce qui a entraîné plusieurs grèves, manifestations et appels au boycott. «Cette réforme a tout envahi et a relégué au second plan d’autres questions plus essentielles pour la réussite des élèves», affirme aussi Sébastien Sihr. Son projet de réformer le temps de travail des profs de prépas au profit des professeurs de ZEP lui a également valu des manifestations dans plusieurs villes de France. Et émaillé la confiance que lui faisaient les enseignants.

Les erreurs de communication

Certains lui reprochent aussi son manque d’audace sur certains dossiers: «Il aurait pu favoriser l’innovation pédagogique et permettre un peu plus de modulation de services pour les enseignants», estime Frédéric Sève, secrétaire général du SGEN-CFDT. «Certains dossiers sont restés à quai comme la formation continue des enseignants, la mise en œuvre de nouveaux programmes, la revalorisation salariale des enseignants…», souligne par ailleurs Sébastien Sihr.

Enfin, son passage rue de Grenelle a été marqué par quelques couacs, comme celui sur le cannabis, le gel de l’avancement des fonctionnaires, ses annonces intempestives sur les rythmes scolaires… «Il a trop communiqué et de manière imprudente, en lançant des idées contradictoires», explique Frédérique Rolet. «À trop vouloir se rapprocher du soleil on se brûle les ailes», résume un syndicaliste.