Absence des Verts au gouvernement : «Une décision incompréhensible, qui laissera des traces»

INTERVIEW François de Rugy, co-président du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, se montre extrêmement sévère avec la décision d’EELV de ne pas rejoindre le gouvernement Valls…

Propos recueillis à Nantes par Frédéric Brenon

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Le coprésident des députés écologistes, François de Rugy, le 10 septembre 2013 à l'Assemblée Nationale
Le coprésident des députés écologistes, François de Rugy, le 10 septembre 2013 à l'Assemblée Nationale — Jacques Demarthon AFP

>> Remaniement: Fronde des élus écologistes contre la décision de leur direction

La décision du bureau exécutif d’Europe écologie est-elle une erreur?

Oui. Clairement. C’est un choix très préjudiciable à l’écologie. Au moment où on avait l’occasion de concrétiser des engagements qui étaient jusque-là repoussés, on prend une décision contraire à la volonté de la majorité de nos parlementaires, contraire à tous nos votes précédents favorables à une participation au gouvernement. C’est quand même plus dur de peser sur les décisions quand on n’est pas au gouvernement ! C’est une occasion manquée.

A qui la faute?

Ce sont au départ des décisions personnelles, qui ont pris le pas sur l’intérêt général.

Etait-il impossible de s’entendre avec Manuel Valls?

Je ne crois pas. On a eu des discussions politiques de fond avec lui et on a vu qu’il y avait moyen de travailler ensemble. On a obtenu des éclaircissements, un calendrier, des garanties sur la mise en œuvre de la loi sur la transition écologique. Nous confier un grand ministère pour porter cette transition était un signe fort. La question de Notre-Dame-des-Landes était également sur le tapis : il y avait la confirmation de l’accord municipal conclu à Nantes [pas de travaux avant l’épuisement de tous les recours actuellement déposés], mais les discussions allaient même au-delà.

Ces promesses peuvent-elles être remises en cause désormais?

Seul l’avenir le dira. Mais la crainte est réelle.

Comment justifier cette décision auprès des électeurs qui ont voté pour une alliance Verts-PS aux municipales?

C’est une situation incompréhensible pour eux. Je le regrette d’autant plus qu’on est la seule force de gauche à avoir progressé lors de ces municipales.

Les Verts sont en crise?

Cette décision suscite débats et tensions en internes. Elle laissera des traces. Le mouvement écologiste sort affaibli de cette situation, c’est évident.