Un remaniement ministériel dans quel but?

GOUVERNEMENT Les solutions qui s'offrent à François Hollande avec un changement de tête sont limitées…

Bertrand de Volontat

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François Hollande et Jean-Marc Ayrault, le 27 mars 2014.
François Hollande et Jean-Marc Ayrault, le 27 mars 2014. — WITT/ REVELLI BEAUMONT/SIPA

Après la claque des municpales, le président de la République n’a plus le choix. Il doit procéder à un remaniement. Qu’il attende quelques jours comme l’avait fait François Mitterrand en 1983 après les municipales de l’époque, ou qu’il l’annonce ce lundi, François Hollande devra faire des changements dans son gouvernement. Mais dans quelles mesures? «La politique avant tout, c’est donner le sentiment que le message des électeurs qui vous est directement adressé est compris», analyse Stéphane Rozès, président de CAP.

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Le remaniement, la solution à court terme? Avec l’annonce d’un remaniement, «nous sommes dans une perspective de rebond au plus vite, analyse le politologue Emmanuel Saint-Bonnet. C’est un coût pour relancer la machine, mais à court terme. Cela lui fera gagner un ou deux points dans les sondages. Mais entre le choix d'un remaniement de petite ou grande envergure, «sa marge de manœuvre est très limitée». Alors à quoi ce remaniement va-t-il lui servir?

Se séparer de son Premier ministre, peu probable? «Le premier coût politique reste le changement de têtes», affirme Emmanuel Saint-Bonnet. Mais dans quelles mesures? «Sous la cinquième République, les présidents ont pris l’habitude d’user leurs Premiers ministres jusqu’au bout. Jean-Marc Ayrault peut rester jusqu’en 2015». Le politologue estime que «s’il change de Premier ministre, Hollande prend le risque d’affaiblir sa fonction présidentielle» avec la nomination de Manuel Valls, favori des Français. Même constat avec Laurent Fabius, Premier ministre il y a trente ans, ou encore avec un coup de poker, comme Bertrand Delanoë. «Il pourrait aussi prendre une option plus à gauche avec Martine Aubry, mais cela semble peu probable», analyse Eddy Fougier, politologue à l’IRIS. Une option pourtant souhaitée par la base du Parti socialiste.

Resserrer ses équipes ministérielles? Un remaniement a minima et/ou un resserrement des équipes «aura un impact limité sur sa politique mais imposera plus de professionnalisme aux ministres dans la gestion de leur ministère et de leur communication», explique Eddy Fougier. A terme, «la solution la plus radicale peut aussi être de dissoudre l’Assemblée nationale et de s’exposer à une victoire de la droite», envisage Emmanuel Saint-Bonnet. Mais ce choix politique semble là aussi, peu envisageable.

Changer de cap économique, impossible? Même avec un remaniement, il parait difficile de mettre le cap à gauche économiquement. «Comment faire avec le pacte de responsabilité, affirme Emmanuel Saint-Bonnet. S’il décide de le retirer, il se met à dos les forces productrices du pays». Et Stéphane Rozès de poursuivre. «Economiquement, il ne va pas changer: il y a l’objectif de redressement économique du pays, les 50 milliards d’euros d’économies à trouver, et le pacte de responsabilité». Il devrait au contraire, comme l’a annoncé ce dimanche le ministre de l'Economie Pierre Moscovici, battu dans l'agglomération du Pays de Montbéliard, la commune de Valentigney, «accélérer la marche vers le pacte de responsabilité, de manière plus efficace, afin d’avancer enfin sur le front du chômage», affirme Eddy Fougier.