Une entaille dans le principe de solidarité

David Carzon et Angeline Benoit

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 Les Français

savent que la perfusion en
continu n’est pas une solution.
Les résultats du sondage
sur l’avenir du système
de santé pour le Manifeste
20 Minutes-RMC-LH2 laissent
entrevoir l’acceptation
d’une révolution de l’assurance-
maladie. En effet,
57%des sondés sont favorables
à une responsabilisation
plus forte des patients.
En bref : celui qui
consomme le plus doit
payer le plus. « Nous sommes
au carrefour de deux
notions.D’un côté, il y a un
phénomène de responsabilisation
croissante, un peu à
l’image de ce qui se passe
dans la sécurité routière,
explique François Miquet-
Marty, directeur des études
politiques de LH2. « Et
de l’autre, c’est aussi une
forme de dédouanement
puisque chacun se dit que le
responsable c’est l’autre,
pas soi.Chacun pense avoir
un comportement vertueux.
Alors, on peut réclamer
davantage de contrôles
puisqu’on est sûr de ne pas
être concerné. »
Ce sentiment dépasse désormais
les clivages politiques
puisque plus de
50%des sondés de gauche
sont favorables à davantage
de responsabilisation.
« Quand on regarde l’ensemble
du Manifeste, analyse
François Miquet-Marty,
on se rend compte que
les gens sont en train de
changer par rapport au modèle
social à la française.
C’est un constat d’échec :
ils savent que le système
de financement actuel est
voué à l’impasse, que le
principe de solidarité est
destiné à évoluer.C’est une
évolution pragmatique, pas
idéologique, mais de fait,
c’est une remise en cause
du principe de solidarité. »
Il faut dire que les réformes
successives du système de
l’assurance-maladie n’ont
fait que retarder l’échéance.
Depuis des années, elles se
sont contentées d’augmenter
les recettes ou de réduire
le niveau des remboursements.
Et si celle
de Douste-Blazy (lire cidessous)
comportait aussi
des mesures structurelles,
elles sont loin d’être à la
hauteur de l’enjeu. Le régime
devrait enregistrer un
déficit de six milliards d’euros
en 2006, en baisse par
rapport aux 8 milliards de
2005 et aux 11,6 milliards
de 2004. Une « amélioration
» qui tient plus à la
hausse des recettes qu’à un
ralentissement des dépenses.