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POLITIQUEMunicipales 2014: Une abstention de plus de 38%, un niveau jamais vu pour ce type de scrutin

Municipales 2014: Une abstention de plus de 38%, un niveau jamais vu pour ce type de scrutin

POLITIQUEEntre désillusion et rejet du personnel politique, l’abstention ne cesse de progresser depuis 1988 dans tous les scrutins, hormis la présidentielle…
Bulletin de vote introduit dans une urne lors des élections municipales, à Nantes le 23 mars 2014.
Bulletin de vote introduit dans une urne lors des élections municipales, à Nantes le 23 mars 2014. - SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

Désintérêt record. L'abstention a atteint dimanche un niveau jamais vu au premier tour des municipales avec plus de 38%, ce qui constitue une nouvelle marque de la désillusion des électeurs à l'égard de la politique. A une heure du matin, le taux d'abstention calculé par le ministère de l'Intérieur sur plus de 22,5 millions de bulletins dépouillés s'élevait en métropole à 38,62%.

Lors des précédentes élections municipales, en 2008, l'abstention avait déjà atteint un record historique, à 33,46% avec une participation de 66,54% au premier tour, et à 34,80% au second tour (participation de 65,20%). Depuis 1988, tous les scrutins, exceptée la présidentielle, ont vu l'abstention progresser.

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«Certains électeurs ont exprimé, par leur abstention ou leur vote, inquiétudes, voire doutes», a réagi le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. «Tous les responsables politiques» devraient entendre le message de l'abstention «trop élevée» au premier tour», a lancé le ministre de l'intérieur Manuel Valls, ajoutant que «rien n'est joué» pour son camp pour le second tour.

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Comme les deux ministres, le porte-parole du PS, David Assouline, a appelé à «mobiliser les abstentionnistes de gauche», à «tout faire pour empêcher» le FN «de conquérir des villes». Le vice-président de l'UMP Brice Hortefeux a estimé que l'«érosion importante de la participation» aux municipales n'était pas seulement due à de la «lassitude», mais aussi au «mécontentement» des Français. Radical, Olivier Besancenot (NPA) a affirmé que l'abstention démontrait que «le système politicien est carbonisé».

Abstention exceptionnellement forte à Stains, aux Mureaux et à Créteil

La participation a montré des disparités importantes selon les régions. Dans plusieurs villes d'Ile-de-France, l'abstention a été particulièrement forte, comme à Stains (Seine-Saint-Denis, 61,05%), aux Mureaux (Yvelines, 57,37%) ou à Créteil (53,91%). A Paris, la participation s'est élevée à 56,51%, un résultat globalement stable par rapport à 2008, mais avec dans le détail une moindre mobilisation des bastions de gauche. A Marseille, l'un des points chauds du scrutin, l'abstention était évaluée à plus de 46%.

La désaffection pour les isoloirs a été particulièrement marquée dans le Nord: Roubaix a battu tous les records, avec une abstention de 61,58%, suivie de peu par ses voisines Tourcoing (55,11%) et Lille (52,56%).

Davantage de votants dans le sud-est

En revanche, les villes qui ont le mieux voté sont essentiellement situées dans le sud-est, comme Digne (31,64%), Fréjus (31,53%), Sorgues (31,26%) ou Saint-Gilles (28,58%). A noter que le Front national a réalisé quelques uns de ses meilleurs résultats dans ces villes. Outre-mer, la participation était de 48,98% contre 58% il y a six ans, à La Réunion. En Guadeloupe, elle était de 22,97% à midi, au lieu de 23,03%. En Martinique voisine, elle était de 23,67% à 11H45 locales, au lieu de 16,75% en 2008. Mais à Mayotte, le plus jeune des départements, elle a fait un bond de presque 10 points, à 67,80%, à rebours de la tendance dans l'Hexagone. Lhoumois, une commune rurale des Deux-Sèvres qui avait eu aux municipales de 2008 le plus fort taux de participation de France (94%), s'est encore distinguée en votant en masse mais sans faire aussi bien. Ce village de 145 habitants a affiché 96 votants sur 113 inscrits, soit 84,96% de participation.

«Rejet du personnel politique» et «désillusion»

«Cette hausse de l'abstention reflète un rejet du personnel politique, amplifié par les dernières affaires», a estimé Frédéric Dabi (Ifop). «Mais elle illustre également la désillusion des électeurs à l'égard de la capacité des politiques de pouvoir changer les choses». Même analyse pour Ipsos/Steria. Selon une enquête réalisée juste avant le scrutin, les personnes qui n'étaient pas certaines de voter -les jeunes étant les plus nombreux- donnaient deux raisons principales: parce «que ces élections ne changent rien à leur vie quotidienne» (44%) et «pour manifester leur mécontentement à l'égard des hommes politiques en général» (39%).

Des résultats proches de ceux d'une enquête réalisée dimanche par Harris Interactive: outre le fait qu'ils n'étaient pas à l'endroit où ils sont inscrits sur les listes électorales (44%), les abstentionnistes n'ont pas voté parce que «cela ne changera pas grand-chose à leur vie quotidienne» (28%) et parce qu'ils n'ont «pas confiance dans les responsables politiques» (24%).

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