Affaire des écoutes: La rédaction de «20 Minutes» répond à vos questions

VOS QUESTIONS Vous n'avez pas tout compris? On vous explique...

Vincent Vantighem avec Cédric Garrofé
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La ministre de la Justice Christiane Taubira à l'Elysée à Paris le 12 mars 2014
La ministre de la Justice Christiane Taubira à l'Elysée à Paris le 12 mars 2014 — Alain Jocard AFP

Entre les enregistrements des uns, les accusations d’espionnage politique des autres, et les cafouillages du gouvernement, il est bien difficile de s’y retrouver dans l’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy. Pour vous aider a y voir plus clair, la rédaction de 20 Minutes vous a proposé d’envoyer vos questions sur l’affaire. Voici nos réponses.

Cyan: Pourquoi Christiane Taubira n’a-t-elle simplement pas dit qu’elle était au courant? Le gouvernement aurait tenu ainsi une même ligne, non?
C’est une bonne question qu’il faudrait lui poser! Mercredi midi, Christiane Taubira a concédé qu’il y avait eu «un malentendu» lors de son intervention sur TF1. La garde des Sceaux était au courant, depuis le 28 février 2014, de l’ouverture d’une information judiciaire pour «trafic d’influence» et donc du placement sur écoute de Nicolas Sarkozy. Mais elle n’était pas informée «des dates» auxquelles l’ancien Président avait été écouté ni «du contenu» de ses conversations téléphoniques.

Elle a estimé que le public ne comprendrait pas la subtilité et donc a choisi de dire qu’elle n’était au courant de rien. En reconnaissant avoir été informée de l’ouverture de l’enquête, elle aurait en effet tenu la même ligne que Jean-Marc Ayrault. Elle aurait pu, au passage, rappeler que c’est normal qu’une ministre de la Justice soit mise au courant de l’ouverture d’enquêtes judiciaires dites «sensibles» et «susceptibles de troubler l’ordre public», comme la mise sur écoute d’un ancien président de la République, possible candidat en 2017.

Jean-Pierre: Que l’on s’occupe de savoir si Sarkozy est coupable ou pas. C’est quand même ça la seule et unique question, non?
C’est la question la plus importante, en effet. Et c’est celle qui occupe pleinement les juges qui instruisent les enquêtes concernant l’ancien Président. Dans cette affaire, il faut rappeler que Nicolas Sarkozy a été placé sur écoute car il est soupçonné d’avoir bénéficié de 50 millions d’euros de la part du gouvernement libyen de Mouammar Kadhafi afin de financer sa campagne électorale en 2007, ce qui est illégal. Il est à noter que l’ancien chef de l’Etat se doutait bien qu’il avait été placé sur écoute puisqu’il a ouvert une deuxième ligne sous un faux nom (Paul Bismuth).

Enfin, c’est en écoutant ses conversations que les juges ont appris que l’ancien chef de l’Etat tentait d’obtenir des informations sur l’évolution de l’affaire Bettencourt en faisant pression sur un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert. D’où l’ouverture d’une information judiciaire pour «trafic d’influence» et «violation du secret de l’instruction».

Point important, dans ces deux affaires, Nicolas Sarkozy est présumé innocent. D’ailleurs les juges n’ont mis en examen personne pour le moment.

Etienne: Dans cette histoire, qu’est-ce qui est véritablement une information et qui mérite d’être relayé par les médias?
Il s’agit d’une question à soumettre aux étudiants en école de journalisme. Ayant traité cette affaire pour 20 Minutes, j’estime que toutes les informations qui ont été relayées méritaient d’être traitées par les médias. A savoir: la mise sur écoute d’un ancien président de la République, les soupçons qui pèsent sur lui dans l’affaire du financement libyen, le fait qu’il ait tenté de faire pression sur un haut magistrat de la Cour de cassation et le cafouillage auquel Christiane Taubira s’est livrée ces derniers jours.

Pour le moment, la seule chose qui n’est pas «sortie» dans les médias, c’est le contenu des écoutes téléphoniques de Nicolas Sarkozy. Elles ne sont pas sorties car pour l’instant, aucun journaliste ne les possède. Reste à savoir ce que fera le premier qui les obtiendra. A mon sens, cela dépendra de la teneur des propos tenus. S’il s’agit de relayer des conversations personnelles, cela n’aurait aucun sens. Si, en revanche, ces conversations témoignent d’une attitude ou d’une initiative judiciaire ou politique de l’ancien chef de l’Etat, éclairant son état d’esprit, cela aurait du sens.

Casabon: Pourquoi Christiane Taubira devrait-elle s’expliquer sur les notes qu’elle reçoit à son cabinet? Ce n’est pas elle qui a demandé ces études et enquêtes…
Mise sur le gril, c’est Christiane Taubira qui a décidé, elle-même, de s’expliquer pour faire retomber la pression. Elle est allée sur le plateau de TF1, est intervenue à l’issue du Conseil des ministres, a donné une interview ce jeudi matin au Monde et une autre cet après-midi à TV5 Monde. Autant dire, plus d’interviews en quatre jours qu’en quatre ans… La garde des Sceaux a estimé qu’elle devait se défendre.

De fait, comme vous le dites Casabon, ce n’est pas elle qui a demandé ces enquêtes et ces notes. Cela fait partie du fonctionnement normal de la justice. Les juges qui enquêtent ont décidé de placer Nicolas Sarkozy sur écoute. Une fois l’information pour «trafic d’influence» ouverte, ils ont fait remonter l’information au parquet comme il est d’usage. Le procureur général, François Falletti, a quant à lui fait remonter l’information à la Direction des affaires criminelles et des grâces à la Chancellerie qui a, dès lors, averti la ministre. «C’est la règle», comme l’a lui-même précisé le procureur général. La preuve, cela figure noir sur blanc dans une circulaire écrite par le ministère de la Justice le 31 janvier 2014 et envoyée aux procureurs de toute la France.