Ecoutes Sarkozy: Tout comprendre sur les explications de Christiane Taubira

POLITIQUE Les propos de la ministre de la Justice n'ont pas convaincu tout le monde...

R.S. avec AFP

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Christiane Taubira s'adresse à la presse en marge du briefing hebdomadaire le 12 mars 2014 à l'issue du Conseil des ministres
Christiane Taubira s'adresse à la presse en marge du briefing hebdomadaire le 12 mars 2014 à l'issue du Conseil des ministres — Alain Jocard AFP

En brandissant ses feuilles dans tous les sens, la Garde des Sceaux a tenu à prouver sa bonne foi dans l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy. En clair, la ministre de la Justice assure qu'elle avait bien connaissance de la tenue de ces écoutes. Mais qu'elle ne savait rien sur le contenu. Un argumentaire qui ne convainc pas toute la classe politique.

Avait-elle connaissance des écoutes? OUI. En quarante huit heures, la ministre a eu du mal à livrer une réponse claire à cette question. Après ses dénégations initiales sur le plateau de TF1, Christiane Taubira a reconnu avoir été avertie de la tenue de ces écoutes dès le 26 février, date à laquelle la Chancellerie a été mise au courant de l'ouverture de l'information judiciaire. Pour expliquer ce déclage, elle pointe «un éventuel malentendu. Sans doute aurais-je dû être plus précise en disant que je n'avais pas d'information sur le contenu des écoutes», a déclaré Christiane Taubira.

Avait-elle connaissance du contenu des écoutes? NON, selon elle. C'est tout ce qu'elle a tenté d'expliquer pendant plusieurs dizaines de minutes devant la presse. «Je le redis, je n'ai pas d'information sur la date, la durée, les contenu des interceptions judiciaires», ordonnées par des juges d'instruction contre Nicolas Sarkozy, clame la ministre. Pourtant les notes, dévoilées par Le Monde, informant Christiane Taubira de l'ouverture d'une information judiciaire sur la base d'écoutes téléphoniques, évoquent bien un marché passé entre Nicolas Sarkozy et un haut magistrat, selon une transcription des documents présentés mercredi par la ministre. Celle-ci contredit donc la défense de Taubira. Selon la note du procureur financier, Eliane Houlette, l'écoute de conversations téléphoniques entre Nicolas Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog, ont révélé que le conseil était entré en contact, à plusieurs reprises, avec «un magistrat du parquet général de la Cour de cassation, dont le nom figure dans la procédure». Selon le même document, le magistrat aurait «fait part à Thierry Herzog de son souhait» d'être nommé au Conseil d'Etat de Monaco. Nicolas Sarkozy «aurait assuré qu'il l'aiderait dans ce projet».

Est-elle menacée? PAS ENCORE. D'abord, la ministre a balayé l'idée d'une démission, comme plusieurs députés de l'opposition le réclamaient. Mais elle a aussi été publiquement soutenue par Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, pour qui elle a toujours «sa place au gouvernement». Malgré cela, la ministre, qui est apparue lors d'un meeting à Montreuil ce mercredi soir, apparaît affablie après cet épisode. Le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone (PS), a convenu mercredi qu'il y fallait améliorer «la communication gouvernementale» sur cette affaire. Du côté de l'opposition, on met en évidence le «mensonge» de Christiane Taubira (Juppé), qui «n'a plus sa place au gouvernement et doit démissionner immédiatement» (Coppé).

Qui d'autre savait pour les écoutes? Par la force des choses, les magistrats financiers instruisant l'enquête sur les accusations de financement libyen de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy, qui ont ordonné ces écoutes en septembre, et les policiers enquêteurs. L'ancien président de la République étant avocat, le bâtonnier de l'époque, Christiane Féral-Schuhl, a été nécessairement informée. Tenue au secret, elle a réfuté avec force qu'elle ou l'Ordre soit à l'origine de fuites ayant permis à Nicolas Sarkozy de savoir qu'il était écouté. Son successeur, Pierre-Olivier Sur, a prévenu qu'il s'opposerait à toute perquisition de l'Ordre pour trouver la source d'une violation du secret de l'instruction. Quant au parquet national financier, il a nécessairement été informé par les juges d'instruction pour ouvrir, le 26 février, une nouvelle information judiciaire pour trafic d'influence et violation du secret de l'instruction. Autre interrogation: Manuel Valls. De nombreux connaisseurs de la police jugent improbable que la hiérarchie policière, jusqu'au ministre, n'ait pas été prévenue dès le début des écoutes. Mais Manuel Valls nie et l'ancien patron de la police judiciaire (DCPJ) Christian Lothion, qui vient de partir en retraite, assure n'avoir pas informé son ministre.