Ecoutes de Sarkozy: Le grand cafouillage du gouvernement

Vincent Vantighem

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Christiane Taubira brandissant la «synthèse» sur les écoutes de Nicolas Sarkozy le 12 mars 2014.
Christiane Taubira brandissant la «synthèse» sur les écoutes de Nicolas Sarkozy le 12 mars 2014. — ALAIN JOCARD / AFP

Elle s’est d’abord assise à côté des journalistes accrédités à l’Elysée. Comme si de rien n’était. Puis, Christiane Taubira s’est levée. Elle a avancé jusqu’au pupitre habituellement réservé à Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement chargée du traditionnel compte-rendu du mercredi. La garde des Sceaux a brandi quelques feuillets. Et commencé à se justifier. Non, elle n’a pas «menti». Non, elle ne «démissionnera pas». Oui, elle a fait «progresser l’indépendance de la justice depuis un an». 

La garde des Sceaux comptait ainsi clore la polémique née de la révélation des écoutes téléphoniques de Nicolas Sarkozy. Mais, mercredi, après une demi-heure d’un discours confus et technique, l’image qu’elle a laissée est celle d’un grand cafouillage. Même Claude Bartolone, président PS de l’Assemblée nationale en convient : «il y a des marges de progression dans le cadre de la communication gouvernementale», a-t-il lâché deux heures plus tard à ce propos.

«Un malentendu» sur TF1

Averti le 26 février de la mise en place d’écoutes téléphoniques visant l’ancien président de la République, le gouvernement actuel a bataillé, toute la journée de mercredi, martelant qu’il n’en avait pas profité pour «espionner» l’ancien chef de l’Etat.

La faute d’abord à Christiane Taubira. Lundi soir, la garde des Sceaux avait affirmé sur le plateau de TF1 qu’elle n’avait pas été informée des écoutes. Concédant un «malentendu» dans ses déclarations, elle a finalement reconnu mercredi qu’elle avait bien été alertée tout en précisant n’avoir pas eu connaissance «ni des dates, ni du contenu des écoutes».

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Où est le problème ? «C’est la règle» de faire «remonter» les informations sensibles à la Chancellerie, a expliqué François Falletti, procureur général près la cour d’appel de Paris. Mais il n’en fallait pas plus à l’UMP pour s’engouffrer dans la brèche.

Pour Ayrault «Taubira a sa place au gouvernement»

Les atermoiements du gouvernement sur la loi Famille (PMA, notamment) avait conduit l’opposition à réclamer la démission de Dominique Bertinotti. Lors de l’affaire Leonarda, c’est la tête de Manuel Valls qu’elle réclamait à corps et à cri. Mercredi, Jean-François Copé et Christian Jacob, têtes de file de l’UMP, ont donc exigé la démission de Christiane Taubira, prise, selon eux, en «flagrant délit de mensonge» et «d’espionnage politique».

Chose assez rare pour être signalée, le Premier ministre a dû se fendre d’une déclaration dans la cour même de l’Elysée pour éteindre l’incendie que sa garde des Sceaux n’avait pas réussi à circonscrire seule. Christiane Taubira «a sa place au gouvernement (…) Il n’y a pas de problème, il faut que la justice passe et elle passera.»

Le parquet financier sort de sa réserve

Elle l’a d’ailleurs rappelé, elle-même, ce mercredi après-midi. Silencieux depuis le début des révélations, le tout nouveau parquet financier est enfin sorti de sa réserve pour confirmer que deux téléphones utilisés par Nicolas Sarkozy avaient bien été placés sur écoute les 3 et 19 septembre 2013. Que son avocat, Thierry Herzog, n’avait été écouté que «par incidence».

En l’espace de quelques jours, tout le monde avait un peu oublié que toute cette affaire n’aurait pas eu lieu si Nicolas Sarkozy n’était pas soupçonné par la justice d’avoir bénéficié d’un financement illégal de 50 millions d’euros de la part de Mouammar Khadafi, l’ancien dirigeant libyen, pour sa campagne électorale de 2007.