Ecoutes de Sarkozy: Ayrault savait pour l'enquête, pas pour le contenu des écoutes

POLITIQUE Le Premier ministre a répondu mardi soir aux plaintes de l'UMP et aux informations parues dans la presse au sujet du rôle joué par l'exécutif dans l'affaire des écoutes...

Nicolas Beunaiche
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Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault prononce un discours à Rome, le 1er mars 2014
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault prononce un discours à Rome, le 1er mars 2014 — Andreas Solaro AFP

L’affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy a définitivement basculé sur le terrain politique. Invité de France 2 mardi soir, Jean-Marc Ayrault s’est efforcé d’éteindre le contre-feu allumé par l’UMP, qui sommait l’exécutif de s’expliquer sur ce qu’il savait ou non des écoutes judiciaires visant l’ex-Président. Qu’a-t-il dit? 20 Minutes fait le point.

Oui, l’exécutif était au courant d’une enquête

Jean-Marc Ayrault a confirmé partiellement l’information du Canard enchaîné, selon laquelle Christiane Taubira et son collègue de l’Intérieur, Manuel Valls, étaient au courant de l’enquête sur un éventuel trafic d’influence visant Nicolas Sarkozy. Oui, Taubira et lui-même savaient, a-t-il reconnu, sans préciser ce qu'il en est de Valls. Mais il assure que l’exécutif n’a appris l’existence des écoutes que le 26 février, date de l’ouverture d’une information judiciaire. «Nous ne savions pas [avant cette date] que les écoutes étaient diligentées», a-t-il insisté. Les juges ont «saisi le parquet qui a ouvert une information judiciaire […] sur des faits extrêmement graves, c’est à ce moment-là qu'(au gouvernement) on a appris» que Nicolas Sarkozy avait été mis sur écoute, a déclaré le Premier ministre.

Non, l’exécutif n’est pas intervenu dans l’enquête judiciaire

Après la dénonciation par Jean-François Copé d’«une affaire d’Etat qui s’apparente à un véritable espionnage politique», Jean-Marc Ayrault a récusé fermement l’idée d’une immixtion du politique dans le judiciaire. Non, «le pouvoir exécutif n’intervient pas dans les affaires de justice», a-t-il rappelé. «Par contre», s’est-il justifié, «il est important que la garde des Sceaux, parce qu’elle est responsable de la bonne application de la politique pénale en France, soit informée de l’état d’avancement des instructions, sans connaître le détail des procédures.» «C’est la vérité, rien d’autre» et «derrière» les protestations et l’indignation de l’UMP, se cache la volonté de «discréditer les juges et (d') empêcher que la vérité éclate […]», a enfoncé le Premier ministre.

Interrogé sur des propos qu’aurait tenus François Hollande et qui ont été rapportés par un député socialiste au JDD («ne vous inquiétez pas, je le surveille, je sais exactement ce qu’il fait»), Jean-Marc Ayrault a répondu: «Ce n’est pas sérieux, ce sont des ragots.»

Non, l’exécutif n’a pas pris connaissance du contenu des écoutes

Enfin, Jean-Marc Ayrault a récusé l’idée que l’exécutif ait pris connaissance du contenu des écoutes judiciaires. Le locataire de Matignon a expliqué que les deux juges qui enquêtent depuis avril 2013 sur un éventuel financement par la Libye de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy avaient «découvert des faits nouveaux n’ayant rien à voir avec leur saisine». Ces faits nouveaux sont apparus, a dit le Premier ministre, «grâce aux écoutes (sur lesquelles) nous n’avions pas d’information ni sur le contenu ni sur leur opportunité».

Ces écoutes, a poursuivi Ayrault, ont fait ressortir une «présomption de trafic d’influence qui pouvait mettre en cause un magistrat», Gilbert Azibert, de la Cour de Cassation. «Mais on n’a pas appris le contenu des écoutes», a redit le chef du gouvernement.