Démocratie participative: Et si on luttait contre la défiance en politique sur Internet?

POLITIQUE Alors que le climat entre politiques et citoyens s’est dégradé, des initiatives favorisent un lien direct entre les élus et leurs électeurs

Enora Ollivier
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Illustration: Carte électorale.
Illustration: Carte électorale. — WITT/VILLARD/SIPA

C’est une menace, difficile à appréhender, un risque sourd qui plane sur la vie politique. La défiance des citoyens à l’égard de la politique atteint des sommets, comme l’a montré la retentissante étude du Cevipof publiée en janvier. Les élus seraient ainsi déconnectés des soucis des Français, qui eux se disent dégoûtés, en colère.

Sur Internet, les initiatives se multiplient pour aider à renouer ce lien étiolé. «La seule voie de sortie de la défiance des citoyens pour leurs élus passe par une relation plus inclusive», analyse Cyril Lage, le président de l’association Smartgov, qui a créé le site Parlement et Citoyens.

«Moderne et engageant»

La plateforme permet à des parlementaires de mettre en débat des propositions de loi. Après un an d’existence, près de 3.300 internautes se sont inscrits, trois textes ont été discutés, 10.000 commentaires ont été écrits… et une loi a été votée. Proposé par le sénateur EELV Joël Labbé, le texte interdit les phytosanitaires hors agriculture à l’horizon 2018-2020, après une concertation qui a notamment permis à l’élu d’expliquer son projet via un «hang out» avec plusieurs internautes sur Google Plus. Moderne!

Interrogé sur la démarche, Joël Labbé confie d’emblée son «enthousiasme». «J’ai trouvé ça extrêmement moderne et engageant», témoigne ce parlementaire du Morbihan. Selon lui, «les élus nationaux manquent de lien avec la population, le fossé s’est creusé, il est important de retrouver cette proximité». Or, donner la parole à la population, «c’est montrer qu’on la considère comme intelligente, ce qu’elle est, en majorité».

«Les élus ont du mal à considérer qu’ils n’ont pas le monopole de la légitimité»

Les élections municipales ont par ailleurs vu naître le site Questionnez vos candidats, où les électeurs peuvent poser des questions concrètes à ceux qui aspirent à les administrer. «L’objectif est de rendre la démocratie plus simple, plus directe et plus transparente», raconte Pascal Derville, qui a lancé la plateforme ainsi que son pendant Questionnez vos élus.

A la tête d’une association visant à favoriser l’éducation civique, il estime que ces sites «sont une petite pierre, un outil complémentaire aux rencontres directes comme les comités de quartier ou les discussions sur les marchés». Avec un succès modeste pour l’instant: environ 30.000 personnes se connectent chaque mois sur Questionnez vos candidats, bien loin des résultats enregistrés par le site allemand modèle, fondé en 2005 et recevant 300.00 visites mensuelles.

Si Cyril Lage assure que, fort d’une première réussite, plusieurs parlementaires l’ont contacté pour s’informer du projet, ces initiatives se heurtent à un écueil considérable: la frilosité des élus. «Il y a en France et dans les pays latins des réflexes hostiles à ce style de démarche, car les élus ont beaucoup de mal à considérer qu’ils n’ont pas le monopole de la légitimité», abonde Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à l’université Paris I. «Il y a toujours un risque à donner la parole au peuple», poursuit-il, «les représentants ont peur de se voir déstabilisés». Pourtant, «il faut exposer la politique!», plaide de son côté Joël Labbé, qui affirme qu’il y a dans le pays un besoin de transparence mais aussi de pédagogie sur le rôle du Parlement.