Écoutes de Sarkozy: La guerre des petites phrases continue

POLITIQUE La légalité des écoutes de l'ancien président fait toujours débat chez les avocats et les responsables politiques...

D.B.
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L'ancien chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, à Nice le 10 mars 2014
L'ancien chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, à Nice le 10 mars 2014 — Valery Hache AFP

L’affaire des écoutes de l’ancien président de la République n’en finit plus de diviser les responsables politiques et le monde judiciaire. Plusieurs voix se sont élevées pour venir au secours de Nicolas Sarkozy ce mardi.

Sur RFI, l’ex-ministre UMP Luc Chatel a ainsi appelé mardi François Hollande à «s’exprimer» au sujet des écoutes judiciaires visant son prédécesseur Nicolas Sarkozy afin de «ramener la sérénité dans le fonctionnement de l’institution judiciaire.» «Le président doit lever ce voile. Il doit d’autant plus le lever qu’il a lui-même suscité le trouble puisque nous avons entendu de la part de députés socialistes qu’il leur aurait dit il y a quelques jours «Sarkozy je sais exactement ce qu’il fait, je le surveille»», a encore déclaré Luc Chatel. Le député de Haute-Marne se réfère à des propos de François Hollande rapportés par le Figaro Magazine du 21 février et repris par le Journal du Dimanche, que le chef de l’Etat aurait tenus devant des parlementaires socialistes.

Gilbert Collard, député FN et avocat, a jugé également «abusive et scandaleuse» la durée des écoutes judiciaires visant Nicolas Sarkozy et son conseil Thierry Herzog. «Il n’est pas normal qu’il y ait des excès dans l’exercice du droit. Des écoutes pendant un an, ça ne se voit même pas dans les affaires de très grand banditisme», a-t-il estimé sur France Info. Avant d’enfoncer le clou: «Mme Taubira est en train de transformer notre société en société des grandes oreilles».

Le cabinet d’avocat «sanctuaire» pour Dupont-Moretti

L’avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti n’y est pas allé de main morte non plus sur BFM-TV. «Je suis abasourdi par les déclarations de la Garde des Sceaux quand elle nous accuse de vouloir l’impunité. Nous dénonçons un abus de pouvoir. Nous ne sommes pas au-dessus des lois, mais nous ne sommes pas en dessous non plus», s’est-il enflammé ce mardi. «Chez Poutine, si on écoutait les avocats on crierait au scandale», a-t-il insisté. «Mon cabinet doit être un sanctuaire et non l’annexe du juge d’instruction», a encore déclaré l’avocat pénaliste.

Le président de l’UMP Jean-François Copé a indiqué pour sa part mardi, qu’il voulait savoir si le chef de l’Etat était «oui ou non au courant» des écoutes judiciaires visant Nicolas Sarkozy et son avocat. En appuyant sa demande sur l’argument selon lequel Christiane Taubira aurait «envoyé au mois de janvier une circulaire au parquet leur demandant de faire remonter toutes les affaires sensibles à sa connaissance». Sur Twitter, l'ancienne ministre Nadine Morano a été plus directe, affirmant que Christiane Taubira était informée des écoutes.

Fillon veut que la lumière soit faite

Plus nuancé, l’ancien Premier ministre UMP François Fillon s’est dit quant à lui favorable à une commission d’enquête parlementaire sur les écoutes des conversations entre Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog. «C’est la seule manière de sortir de la confrontation des positions», a-t-il affirmé à l’AFP.

«Pas d’impunité des avocats» pour Montebourg

Sans surprise, la gauche plusieurs ténors du PS sont montés au front pour défendre la légalité des écoutes de Nicolas Sarkozy. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, interrogé sur une éventuelle connaissance par le pouvoir des écoutes visant Nicolas Sarkozy et son avocat, a assuré qu’il n’y avait «aucune immixtion» de la part de l’exécutif «dans le déroulement des instructions judiciaires». «Il faut que la droite française s’habitue à ce que la justice fonctionne en toute indépendance. Les moeurs du passé, c’est fini», a insisté le chef du gouvernement.

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, invité de RTL, a renchéri: «les juges font leur travail, et ils le font en toute indépendance», affirmant qu'«il n’y a pas d’impunité des avocats». Arnaud Montebourg a également assuré que Christiane Taubira «n’avait pas les informations» sur les écoutes des conversations téléphoniques de Nicolas Sarkozy.

Sur la même ligne, Harlem Désir, premier secrétaire du PS, a déclaré sur i > TELE qu’il fallait «arrêter cette espèce d’hystérisation autour de Nicolas Sarkozy qui viserait à en faire une victime d’un côté, et à mettre en cause François Hollande de l’autre». Selon lui, «les juges agissent dans le cadre du droit», en observant des lois dont les dernières «sont des lois Perben, pas des lois faites par l’actuelle majorité».