Alain Juppé profite des municipales pour tâter le terrain de la présidentielle

POLITIQUE Le maire de Bordeaux est candidat à sa propre succession. Et place ses pions pour un (éventuel) futur national...  

Enora Ollivier

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Alain Juppé à Bordeaux, le 12 février 2014.
Alain Juppé à Bordeaux, le 12 février 2014. — JEAN-PIERRE MULLER

L’ancien Premier ministre tombé un temps en disgrâce n’a pas boudé son plaisir mardi, quand un «Juppé président!» a fusé dans le gymnase de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) où il tenait une réunion publique.

Ce soir-là, alors qu’il venait soutenir un de ses proches pour l’élection locale, Alain Juppé s’est livré à un réquisitoire en règle contre François Hollande. «Le contexte est préoccupant», a-t-il commenté, brocardant en vrac la «croissance poussive», le pacte de responsabilité qui «a du plomb dans l’aile», la «cacophonie gouvernementale». Mais qu’on ne s’y trompe pas, «on aura le temps de parler de tout ça après les élections municipales», a-t-il ajouté dans un sourire.

«Il a incontestablement la tête ailleurs»
 

Car si le maire de Bordeaux (Gironde), candidat à sa propre succession, assure ne penser «qu’à 2014», «il a incontestablement la tête ailleurs», soutient Jean Petaux, politoloque à l'IEP de Bordeaux, qui affirme qu’il «est déjà dans la fenêtre présidentielle de 2017». De fait, Alain Juppé quitte bien volontiers les préoccupations bordelaises pour étriller la politique gouvernementale, ou faire part de son analyse sur la situation ukrainienne. Le tout en se plaçant au-dessus des guéguerres et de la cuisine interne de l’UMP.

Ainsi, il est venu soutenir NKM à Paris puis le candidat dissident à Boulogne-Billancourt, qui se présente face au maire sortant investi par l’UMP –il faut dire que Pierre-Mathieu Duhamel, son «ami de 27 ans», fut son directeur de cabinet adjoint à Matignon. Avant de rendre visite ce samedi à François Bayrou qui a reçu le soutien de l’UMP malgré les réticences de Jean-François Copé. Alain Juppé n’a d’ailleurs pas hésité à tacler le président de son parti lundi, après ses déclarations au vitriol contre la presse.

«Il cultive cette différence», fait remarquer Jean Petaux, pour qui le peu de réseau d’Alain Juppé au niveau national n’est pas un problème. «François Mitterrand aurait dit après sa candidature de 1965 qu’avec "200 personnes, on peut prendre la France". Et qui en 2010 aurait misé un kopeck sur le réseau de François Hollande?»

«Prendre le pouls de la politique actuelle»
 

Quasi assuré de l’emporter à Bordeaux, Alain Juppé, fort d’une popularité décoiffante, prépare l’air de rien l’après-municipales. Il a déjà annoncé la création d’un club de réflexion après les élections, et a récemment déjeuné avec des parlementaires qu’il connaît peu. «Il voulait prendre le pouls de la politique actuelle», raconte le député de l’Ain Damien Abad, qui a participé à un de ces repas fin janvier.

Alain Juppé fait partie des «trois ou quatre qui vont compter à l’UMP pour 2017, avec Nicolas Sarkozy et peut-être Bruno Le Maire», ajoute l’élu. «Il ne sortira pas abîmé de ce quinquennat», pronostique-t-il car, «paradoxalement, il apparaîtra comme quelqu’un de nouveau». Quelqu’un de nouveau qui, en tant que maire aura de surcroît, «montré qu’il est un bon gestionnaire, peut rassembler autour de son nom et est visionnaire». Des qualités aussi nécessaires à Bordeaux qu’à l’Elysée?