Affaire Buisson: La stratégie de Sarkozy pour éviter le scandale

M.P. avec AFP

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Nicolas Sarkozy, le 15 novembre 2013, lors de son arrivée dans un bâtiment de l'Assemblée nationale.
Nicolas Sarkozy, le 15 novembre 2013, lors de son arrivée dans un bâtiment de l'Assemblée nationale. — THOMAS SAMSON / AFP

Faire le dos rond, voilà la stratégie des sarkozystes face à l’embarrassante affaire Buisson, pour éviter que ce dossier ne se transforme en obstacle pour un éventuel retour de leur champion sur la scène politique. Dévoilés par Le Canard Enchaîné et Atlantico, les enregistrements clandestins réalisés par l’ex-conseiller de Nicolas Sarkozy dressent un portrait à la fois peu flatteur de Nicolas Sarkozy et de ses conseillers, tout en le plaçant en position de victime.

>> Lire ici le parcours du conseiller de l’ombre

Coïncidence fâcheuse, la justice a ouvert une nouvelle enquête pour trafic d'influence et violation du secret de l'instruction potentiellement gênante pour l'ex-président, dont l'avocat Me Thierry Herzog a fait l'objet mardi d'une perquisition, a-t-on appris ce mercredi.

Selon des proches, Nicolas Sarkozy serait «fou furieux» contre Patrick Buisson, son conseiller très controversé, à l’origine de la stratégie très clivante de la présidentielle 2012, qui s’est soldée par une défaite. Pourtant, quand en septembre 2007 il remet le Légion d’honneur à Patrick Buisson, l’ex-chef de l’Etat déclare: «Patrick est celui à qui je dois plus qu’à tout autre (…) Il y a très peu de personnes dont je puisse dire ‘si je suis là, c'est grâce à eux’. Patrick Buisson est de ceux-là.»

Cette affaire Buisson, ainsi que l’affaire Copé, accusé de favoritisme, interviennent au moment où Nicolas Sarkozy multiplie les messages pseudo-sibyllins sur son envie de revenir en politique, expliquant qu’il n’aime pas «les vacances», ne parlant plus de «retrait» mais de «recul», par exemple. Les sondages, d’ailleurs, sont tous très favorables chez les sympathisants de droite.

Renforcé par l’image de victime

«Heureusement, on est seulement en 2014», «on a trois ans pour faire oublier» les dégâts de l’affaire Buisson, note un proche de Sarkozy qui s’inquiète toutefois de nouveaux rebondissements qui pourraient avoir lieu d'ici la présidentielle. Les deux scandales à droite, «ce n’est pas forcément négatif», veut croire un ancien ministre: «D'une part, on lui gruge son compte de campagne, de l'autre on l'enregistre à son insu.»

Raisonnement partagé par le politologue Jean-Daniel Lévy (Harris interactive): «Quand Nicolas Sarkozy est perçu comme une victime, il s'en sort extrêmement bien dans l'opinion. Tout ce qui conforte cette image le renforce aux yeux des Français, surtout de droite.» Mais le politologue met toutefois en garde: «Les enregistrements qui ont été publiés ne contiennent pas des propos horribles. Il ne faudrait pas que d'autres sortent où il y aurait une dimension plus personnelle, ayant trait aux relations de M. Sarkozy à l'argent ou révélant une forme de cynisme.»

Pour l'ancien ministre Frédéric Lefebvre, c'est en tout cas «la preuve qu'il y a quelque chose qui cloche dans la manière de faire de la politique. Il est temps d'imaginer une autre façon de rendre service aux Français».