UMP: Jean-François Copé est-il perdu pour 2017?

OPINION La dernière affaire révélée par le Point pourrait plomber le patron de l’UMP...

Maud Pierron

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BISSON Bernard/JDD/SIPA

Pour certains de ses «amis» de l’UMP, la nouvelle affaire Bygmalion, révélée par Le Point, pourrait bien plomber définitivement Jean-François Copé qui a 2017 dans la ligne de mire. D’autant que le patron de l’UMP ne brille pas par ses sondages et sa cote de popularité.

«Depuis cinq mois, il remontait un peu et cela vient briser cette petite dynamique», note Gaël Sliman, pour BVA,  qui en février a enregistré une hausse d’un point dans la cote d’influence de Copé, pour s’établir à 20%. Impossible de dire toutefois dans l’immédiat si l’affaire Bygmalion sera préjudiciable pour Jean-François Copé, ou si les sympathisants UMP auront un réflexe de défense vis-à-vis de leur chef, estime Frédéric Dabi pour l’Ifop, qui confirme toutefois que Copé était «en phase de reconstruction de sa popularité», avec 37% d’opinions positives en février, soit 15 points de plus qu’à l’automne 2012 dans le tableau de bord effectué pour Paris-Match.

«Il cristallise sur sa personne»

Un résultat «pas infamant» d’après Frédéric Dabi qui note toutefois que s’il y a bien un fait qui caractérise l’image de Jean-François Copé, c’est «le taux de désapprobation, 61%, un des plus élevés de la classe politique, aussi fort que Marine Le Pen et François Hollande».  Avec, pourtant, un taux de notoriété très élevé, à 98%.

La raison? Evidemment, il est à un «poste exposé et clivant» en tant que chef de l’opposition, surtout en période pré-électorale, rappelle Frédéric Dabi. Mais il y a plus que cela. «Il cristallise sur sa personne, il y a un rejet», explique Gaël Sliman, qui fin octobre dernier, avait examiné en détail son image auprès des Français pour Le Parisien. 73% des Français avaient une mauvaise image du patron de l’UMP, qui apparaissait comme trop perso (78%), arriviste (70%), arrogant (66%), autoritaire (60%).  Du coup, pour Gaël Sliman, cette nouvelle affaire ne pourra pas affecter trop profondément Jean-François Copé car «il ne tombera pas de très haut» mais ce qui est dommageable, «c’est que ce renforcera durablement cette mauvaise image».

«Le problème de Jean-François Copé, c’est que lorsqu’on parle de lui dans les médias, c’est toujours à propos de polémiques ou de dysfonctionnements. Il n’apparait pas comme porteur de solution, alors que les Français dans cette période difficile cherchent des solutions, mais comme un porteur de problèmes», analyse le politologue Stéphane Rozès président de CAP.  En leur temps, Chirac ou Sarkozy avaient pu connaître le même type de problèmes, mais ils avaient «rapidement su donner des signes d’une capacité à rebondir sur d’autres thèmes, à la différence de Jean-François Copé», rappelle Stéphane Rozès.

On n’est jamais mort en politique… en théorie

Pourtant, tous le rappellent: «en politique, on n’est jamais mort». Mieux même, note Gaël Sliman, «tous les politiques qui ont eu un immense succès ont à un moment été au fond du gouffre. Ce qui ne veut pas dire que certains de ceux qui ont traversé le désert n’y sont pas restés mais tous les président de la République, par exemple, ont à un moment traversé le désert».  Il y a eu Hollande, «M. 3%», Sarkozy et ses deux périodes noires en 1995 après la «trahison» de Balladur et en 1999 après la défaite aux européennes, Chirac en 1995 et même en 2002 ou même Mitterrand en 1981, quand Rocard était le préféré à gauche... «On peut toujours se refaire, regardez Alain Juppé et Laurent Fabius», confirme Frédéric Dabi, en parlant des deux «anciens» qui caracolent en tête des sondages et qui, à un moment, ont été honnis dans l’opinion.

Une touche d’espoir pour Copé? «En théorie. Mais il y a un point fâcheux, reprend Gaël Sliman: toutes ces personnalités ont connu de belles rencontres avec l’opinion avant de plonger. Or, Copé n’a jamais connu ça. Il a eu des marqueurs négatifs d’emblée, une image de Janus, un procès en insincérité lui collent à la peau.» Alors évidemment, pour 2017, rien n’est perdu, mais «Copé part plutôt de plus loin que les autres personnalités de droite». Et si Hollande, que Copé cite parfois pour évoquer son impopularité, partait lui aussi de loin avant la primaire PS, «il n’y avait pas une image négative associée à l’homme».