Les députés UMP comptent boycotter les questions au gouvernement ce mercredi après l'attaque de Valls

POLITIQUE Ils n'ont pas apprécié la sortie de Manuel Valls mardi concernant le passé de Claude Goasguen...

20 Minutes avec AFP
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Les députés dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 7 janvier 2014.
Les députés dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 7 janvier 2014. — LCHAM/SIPA

Une telle protestation  est rarissime à l'Assemblée. Les députés UMP  boycotteront ce mercredi la  séance des questions au gouvernement après une  petite phrase de Manuel Valls sur le passé d'«extrême droite» de Claude  Goasguen, qui leur avait déjà fait quitter l'hémicycle mardi.

«Faute d'excuses formelles, les députés UMP boycotteront la  séance  de questions au gouvernement de demain» (mercredi), a annoncé en  début  de soirée leur chef de file Christian Jacob dans un communiqué,   dénonçant des «insultes inacceptables» et une «perte de sang-froid» du   ministre de l'Intérieur.

«M. Goasguen, vous en venez, vous, de l'extrême droite», avait lancé  Manuel Valls  à l'élu parisien, en réponse à une question d'un autre  député UMP sur  les violences de samedi à Nantes (Loire-Atlantique) lors de la  manifestation des opposants  au projet d'aéroport de  Notre-Dame-des-Landes.

Les députés vident les lieux

En toile de fond: un supposé laxisme des forces de l'ordre  face aux  casseurs quand la manifestation a dégénéré. Déjà ce week-end  plusieurs  ténors de l'UMP avaient mis en cause la responsabilité de  Manuel Valls,  le FN fustigeant même sa «complaisance avec l'extrême gauche  antifasciste».

«Contrairement à vous, nous ne sommes complaisants avec  personne,  vous, vous avez été complaisants avec ceux qui s'en prenaient  aux  valeurs de la République», a répondu à la droite le locataire de la   Place Beauvau, dans une allusion aux manifestations récentes en janvier   contre la loi famille.

Ses propos, surtout sa phrase contre Goasguen, ont  déclenché une  bronca sur les bancs de l'UMP. La quasi-totalité des  députés du groupe a  alors quitté l'hémicycle en pleine séance.

«Propos inadmissibles»

 Peu après, l'ex-président de l'Assemblée Bernard Accoyer,  resté sur  son banc, a dénoncé des «propos inadmissibles, scandaleux» et  appelé le  ministre de l'Intérieur à «les retirer». Le président de la  commission  des Finances, l'UMP Gilles Carrez, a également demandé des  excuses, sa  collègue Claudine Schmidt critiquant ensuite des «propos pas  dignes  d'un ministre de la République».

Selon Christian Jacob, ils auraient dû «a minima être  condamnés par  le Premier ministre», à qui s'adressait initialement la  question prise  par Manuel Valls.

Si M. Ayrault ne s'excuse pas «ces questions au gouvernement  n'ont  plus aucun sens, aucun intérêt pour nous», a expliqué Christian Jacob dans   l'après-midi.

Une comparaison que Valls n'a pas apprécié

Sans s'excuser, le ministre de l'Intérieur a expliqué devant  les  députés restants, qu'il n'avait pas apprécié la comparaison entre  les  violences à Kiev et à Nantes dans la question du député Yannick  Moreau.

«Chacun peut avoir ses erreurs de jeunesse», a glissé plus  tard le  chef de file des députés PS Bruno Le Roux, en affirmant que  Claude  Goasguen avait appartenu au mouvement d'extrême droite Occident à  la  fin des années 1960 dans ses années étudiantes.

«Je n'ai jamais été membre d'Occident, contrairement à des  proches  comme Alain Madelin, Gérard Longuet, Patrick Devedjian, mais  président  de la Corpo d'Assas (syndicat étudiant de droite, ndlr)» a  rétorqué  dans les couloirs Claude Goasguen. «Etant alors partisan de  l'Algérie  française, j'ai soutenu Jean-Louis Tixier-Vignancour (candidat   d'extrême droite, ndlr). Mais tous ceux qui défendaient l'Algérie   française n'avaient pas une démarche d'extrême droite».

«M. Valls perd les pédales!» s'est exclamé celui qui est aussi  maire du 16e arrondissement de Paris, candidat à sa réélection en mars.

Un précédent en 1974

Dans l'hémicycle, l'ambiance était agitée depuis le début de  cette  avant-dernière séance de questions au gouvernement avant cinq  semaines  de pause en raison des municipales.

«Ce n'est qu'un au revoir», ont notamment chanté ironiquement  des  députés UMP pendant une réponse d'Ayrault au numéro deux du PS   Guillaume Bachelay (PS), certains faisant au revoir de la main, en   allusion aux rumeurs de départ du Premier ministre de Matignon après les   municipales.

Unique précédent depuis l'instauration de ce rituel  parlementaire  des questions au gouvernement en 1974, les députés PS  avaient boycotté  plusieurs séances d'affilée en 2009 pour exiger des  garanties sur leurs  droits d'expression, dans le cadre d'une réforme du  règlement de  l'Assemblée menée à l'époque.