Quels scénarios pour un remaniement?

Maud Pierron

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Le Président François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 3 janvier 2014 à l'Elysée.
Le Président François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 3 janvier 2014 à l'Elysée. — LCHAM/SIPA

Depuis quelques semaines, la question du remaniement est dans l’air. Inévitablement, avec la poussée de fièvre de ce week-end autour des écologistes, la question s’est de nouveau posée sur cette équation à multiples inconnues. François Hollande a agité pour la première fois la question du remaniement il y a neuf mois, dans Paris-Match. Depuis, il évoque le sujet de temps en temps, sans donner de cadre ni de délai, laissant ses ministres dans l’inconnu.

La fenêtre d’avril

C’est que l’arme du remaniement s’utilise avec parcimonie, surtout dans un quinquennat. Et la question du timing prime. Une fenêtre évidente s’ouvre avec les élections municipales de mars et européennes de mai. Mais trois scénarios s’affrontent: ceux qui sont tétanisés par l’ampleur de la défaite aux Municipales enjoignent François Hollande de trancher dans le vif avant, «pour donner un signal clair aux électeurs et limiter la casse».  Peu probable toutefois car «Hollande déteste être bousculé», rappelle un intime.

L’autre hypothèse, qui prend de l’ampleur, en ce moment serait un remaniement entre les deux scrutins, en avril, pile avant le vote de confiance prévu sur le pacte de responsabilités à l’Assemblée nationale. D'abord, cela «serait un geste» pour remobiliser les électeurs avant les européennes. Et «Là il coince tout le monde, notamment l’aile gauche du PS qui pourrait être turbulente sur le sujet. S’il y a un nouveau Premier ministre, pas une voix du PS ne manquera», décrypte un élu socialiste.

Faire le ménage à Bercy

Le dernier scénario, plus classique, serait d’attendre juin, une fois les élections de mi-mandat passées. C'est d'ailleurs après les européennes que sera votée la confiance sur le pacte de responsabilités. Toutefois, certains cadres socialistes contestent l’importance de ce scrutin de liste, qui «n’aura aucune portée nationale, personne n'en parlera», assure l’un d’entre eux, et du coup, un remaniement ne peut être une réponse au résultat, quel qu’il soit. Plus tactique, ou pragmatique, c’est selon, un socialiste explique qu’il «vaut mieux attendre le résultat des Européennes si on veut envoyer Pierre Moscovici à la tête de la commission européenne et Vincent Peillon au Parlement européen, par exemple.»

«Par exemple» mais pas par hasard, puisque ces deux ministres sont justement deux ministres sur la sellette. Car une fois le timing défini, il y a la question des personnes et de l’architecture. Que faire de Jean-Marc Ayrault? «Tant qu’il est là, il n’est pas parti», glisse dans une lapalissade et sans rire, un membre influent de la majorité.  «Il n’a pas démérité», dit un autre, même si le climat entre les deux hommes s’est dégradé ces derniers mois. Dans ce cas, c’est autour de Jean-Marc Ayrault que ça pourrait beaucoup bouger. «Il faut surtout un gouvernement resserré, avec une petite vingtaine de personnes qui colle parfaitement à la nouvelle orientation donnée par le Président. Et faire le ménage à Bercy, où personne n’y comprend rien» avec sept ministres, plaide un  socialiste qui a l’oreille de Hollande.

Valls, problème et solution ?

De toute façon, l’éventuel remaniement et son ampleur dépendra de «l’analyse que tirera Hollande du scrutin», continue-t-il, notant que «tous les présidents sont hantés par les élections intermédiaires et leurs lectures». Pour Matignon, Manuel Valls et Claude Bartolone figurent sans surprise parmi les favoris, Michel Sapin et Jean-Yves Le Drian, «les copains», sont aussi cités, tandis que Martine Aubry ne semble plus être une option. «Seul Hollande sait. Et lui seul ne le sait pas encore», plaisante un socialiste sur la quasi-proverbiale illisibilité de François Hollande. 

Et que faire des alliés écologistes? Peut-il les éconduire, comme Mitterrand l’avait fait avec les communistes en 1984? Un cadre socialiste pourtant peu tendre avec les écolos n’y croit pas: «on n’est pas dans une telle position de force qu’on pourrait se réjouir de leur départ. Et en terme d’affichage, mieux vaut aller au bout ensemble, ce serait signe de bonne gouvernance». Mais eux pourraient décider de partir, d’autant plus si Manuel Valls pose ses valises à Matignon, ce qui constitue un quasi casus belli pour les écologistes.