PS/EELV: Un mariage de raison jusqu’à quand?

Maud Pierron

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Jean-Marc Ayrault, Jean-Vincent Placé, Cécile Duflot et Pascal Durand, le 26 septembre 2013 à Angers.
Jean-Marc Ayrault, Jean-Vincent Placé, Cécile Duflot et Pascal Durand, le 26 septembre 2013 à Angers. — A. JOCARD / AFP

Jean-Marc Ayrault a clos aussi vite qu’il l’a ouverte la crise avec ses alliés écologistes. Après avoir sommé dimanche EELV de «sortir de l’ambiguïté» après le soutien du parti à la manifestation contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, il a rappelé lundi matin qu’ «on a besoin de tout le monde». Une mini-poussée de fièvre qui pose une énième fois la question du maintien des deux ministres écologistes au gouvernement. Dans l’entourage de Cécile Duflot, on a jugé la sortie de Jean-Marc Ayrault «complètement décalée» et estimé que cette déclaration avait plutôt des visées locales, notamment pour rassurer les socialistes locaux. Les deux parties de ce mariage de raison en ont convenu: pas de crise à un mois des Municipales et deux des Européennes. Mais après?

Manque de confiance réciproque

L’ex-ministre écologiste Yves Cochet  propose une autre interprétation de la sortie de Jean-Marc Ayrault: «2014 s’annonce très conflictuelle avec le pacte de responsabilités, dont on conteste les orientations, et la loi de transition énergétique, dont on a toujours dit qu’elle serait un marqueur qui déciderait de notre participation au gouvernement. Ayrault a voulu prendre les devants et anticiper une éventuelle rupture». Pour un autre cadre écolo, le coup de colère de Jean-Marc Ayrault s’explique aussi par «le durcissement gouvernemental autour du projet de loi sur la transition énergétique» et une réponse à l’interview sans concession sur le sujet dans Le Monde de Cécile Duflot.

Voir notre vidéo «Ministre et écolo, le grand écart de Cécile Duflot»


Montage : Thomas Lemoine

Cela prouve surtout à quel point les alliés PS et EELV se font peu confiance.  «On ne gouverne pas la France comme un congrès fédéral d’EELV», râle un cadre socialiste qui estime que le travail gouvernemental sur la loi de transition énergétique ne peut se faire  «dans les médias, avec du chantage». «Je suis assez dubitatif sur ce projet de loi. J’ai noté comme tout le monde la fragilité de ce gouvernement face aux lobbies», répond quant à lui Julien Bayou, élu francilien proche d’Eva Joly. «C’est nous qui attendons la levée des ambigüités du gouvernement et nous qui attendons une clarification sur les enjeux énergétiques», ajoute-t-il craignant un loi a minima. Un autre cadre PS juge que «les écologistes ont acté leur départ du gouvernement» et se serviront du projet de loi comme d’un «alibi» pour claquer la porte. «Quand on lit l’interview de Duflot au Monde, où on comprend entre les lignes qu’elle sera candidate en 2017, ça ne fait pas de doute», ajoute ce cadre de la majorité.

Explication de texte en juin

Mais alors, quel timing pour la sortie des ministres EELV du gouvernement? Yves Cochet, favorable à titre personnel à une rupture, évoque mi-juin et la tenue du conseil fédéral.  Les contours du pacte de responsabilités et du projet de loi de transition énergétique seront alors connus. «Il faudra voir si le projet de loi est suffisamment ambigu pour qu’on se dise qu’on peut l’améliorer par des amendements, ou s’il est suffisamment décevant pour qu’on arrête les frais», dit-il, ajoutant que Cécile Duflot «a terminé ses deux grandes lois».  Un rendez-vous que d’autres jugent un peu trop tôt, car il faut le temps que l’idée infuse chez les parlementaires EELV, «qui doivent en partie leurs sièges au PS en vertu de l’accord».  La fenêtre de tir se situe pour eux plus probablement fin 2014, au moment du vote formel de la loi de transition énergétique, avant les Régionales, pour les préparer au mieux en solo.

Mais d’autres cadres écolos pressent d’attendre les résultats des Municipales et des Européennes. Christophe Rossignol, élu régional Centre assure qu’elles «vont rééquilibrer les choses entre socialistes et écologistes. On ne sera plus jugé à l’aune des 3% d’Eva Joly» et de fait redessiner les rapports de force dans la majorité. «Si on sort, on ne gagnera rien mais la droite et les lobbies sabreront le champagne», prévient-il. Même Julien Bayou, plutôt pour une sortie du gouvernement s’interroge: «ce n’est pas sûr qu’on y gagne car comment peser de l’extérieur? C’est une période cruciale où on est un peu prisonnier de la politique d’Hollande. Si la gauche se plante, ce n’est pas juste dommage pour la gauche. Le retour de balancier sera terrible. Si on se plante, qu’on soit dedans ou dehors, on sera foutu», prévient-il.