Référendum pour limiter l’immigration en Suisse: Réactions contrastées dans la classe politique française

POLITIQUE A gauche, on critique, mais certains dans l’opposition appellent à suivre le chemin suisse...

M.P. avec AFP

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Manuel Valls au ministère de l'Intérieur le 31 janvier 2014.
Manuel Valls au ministère de l'Intérieur le 31 janvier 2014. — F. DUFOUR / AFP

Le référendum positif des Suisses pour limiter l’immigration n’est pas passé inaperçu en France, d’autant que quelque 150.000 travailleurs transfrontaliers pourraient être concernés. Ce vote est «un signe préoccupant de repli sur soi», a estimé lundi Manuel Valls en marge d’une visite à Florange. Ce vote pose des difficultés en ce qui concerne «la croissance en Suisse d'abord», mais aussi «la libre circulation des travailleurs en Europe» car ce pays n'a pas décidé de sortir de l'espace Schengen, qui garantit cette liberté, a relevé le ministre de l’Intérieur.

Le vote de dimanche risque enfin de poser des difficultés à «tous les transfrontaliers français qui apportent leur savoir-faire et leur talent à la Suisse, et dont la situation peut se trouver menacée», a-t-il souligné.

FN et DLR veulent suivre l’exemple suisse

Thierry Repentin, le ministre français aux Affaires européennes, a tenté de rassurer les travailleurs français transfrontaliers des éventuelles répercussions. «La France regrette ce vote» mais «il faut rassurer les frontaliers qui peuvent s'inquiéter de savoir s'il va y avoir des implications immédiates», a-t-il dit, précisant que le gouvernement suisse avait «trois ans» pour tenir compte des résultats du vote. Le vote allait «sans doute nous imposer de revoir le paquet qui avait été adopté en 1999 et appliqué depuis 2002» et qui porte notamment sur la libre circulation des travailleurs.

«C'est une mauvaise nouvelle à mon avis à la fois pour l'Europe et pour les Suisses, parce que la Suisse refermée sur elle-même, ça va les pénaliser», a abondé Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères. Pour David Assouline, porte-parole du parti socialiste, ce vote est un «mauvais vent venu de Suisse». «Quand Marine Le Pen est d'accord avec cela, elle choisi son idéologie nationaliste et anti-européenne contre l'intérêt des travailleurs frontaliers français et contre les intérêts de la France», a-t-il ajouté.

En effet, Marine Le Pen a appelé dans la matinée sur Europe 1 le gouvernement français à suivre l’exemple des Suisses, qui ont fait «preuve de beaucoup de bon sens». «J'aimerais bien qu'on les suive d'ailleurs et je pense que s'il y avait un référendum en France sur ce même sujet, les Français voteraient très largement pour l'arrêt de l'immigration de masse», a-t-elle ajouté. «Il ne s'agit pas de mettre un mur, il s'agit d'avoir une porte. On l'ouvre ou on la ferme selon son intérêt, selon l'intérêt du peuple», a-t-elle assuré, «ça s'appelle la souveraineté».

Fillon comprend

Le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République, a également vu dans ce vote «une bonne nouvelle pour la démocratie». «Les Suisses ont tout simplement décidé de reprendre en main leur destin en contrôlant davantage leurs frontières», écrit le député dans un communiqué, appelant la France à suivre le même chemin.

A l’UMP, la seule déclaration notable est venue de François Fillon qui a jugé «parfaitement naturel» que la Suisse veuille diminuer le nombre d'étrangers sur son territoire, qui doit être modulé en fonction de la capacité à les intégrer. Mais l’ancien Premier ministre a appelé à distinguer le sort des travailleurs frontaliers. «Il serait totalement incompréhensible que la Suisse mette une barrière à l'accès de ces frontaliers, dans la mesure où elle vit dans un ensemble économique qui a ses propres règles».