Matignon présente une nouvelle gestion de la politique d'intégration

POLITIQUE Le gouvernement rouvre le dossier polémique de l'immigration...

avec AFP

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Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 31 janvier 2014 à Saint-Herblain, près de Nantes.
Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 31 janvier 2014 à Saint-Herblain, près de Nantes. — Sebastien Salom-Gomis/SIPA

Deux jours après les restrictions à l'immigration votées par la Suisse, le gouvernement présente mardi sa feuille de route sur l'intégration avec la volonté de ne pas retomber dans les polémiques et malentendus qui avaient plombé ce dossier en décembre. La quasi totalité des ministres sont conviés mardi à 17h à Matignon pour établir cette feuille de route.

La politique d'intégration confiée à une instance de coordination

A cette occasion, la gestion de la politique d'intégration devrait être confiée à une «instance de coordination» qui agira au niveau interministériel, selon l'entourage du Premier ministre. La création de cette instance est interprétée comme une reprise en main par Matignon de ce dossier. Depuis la création du ministère de l'Identité nationale en 2007, puis sa fusion dans celui de l'Intérieur, une partie des politiques d'intégration ont en effet été rattachées à la place Beauvau. La réunion interministérielle de mardi devrait redistribuer les cartes. La politique d'intégration sera bâtie autour de deux piliers, «l'accueil des primo-arrivants» et la «lutte contre les discriminations» envers les étrangers et leurs enfants, selon Matignon.

La première partie restera dans l'escarcelle de Manuel Valls, dont l'entourage indiquait en janvier vouloir «se concentrer sur l'accueil les cinq premières années avec une refonte complète du contrat d'intégration pour le rendre beaucoup plus individualisé.» Manuel Valls avait déjà annoncé au printemps 2013 «une réforme d'ampleur» du Contrat d'accueil et d'intégration (CAI) qui impose des formations de français et de vie civique aux nouveaux arrivants.

Plusieurs options envisagées

Pour le reste, plusieurs options ont été envisagées : création d'un commissariat général, d'un haut-commissaire ou d'un délégué interministériel pour coordonner ces politiques. Le député PS Malek Boutih, ancien président de SOS-Racisme, a d'ores et déjà désapprouvé dimanche l'éventuelle création d'un «haut commissariat à l'intégration», y voyant des relents de «Tintin au Congo», album jugé raciste et marqué par le colonialisme.

Outre la question de la gouvernance, la réunion de mardi devrait être l'occasion de présenter des propositions concrètes, arbitrées ces derniers jours. Le sujet de l'intégration est éminemment sensible, comme l'a rappelé la polémique survenue en fin d'année après la publication sur le site du Premier ministre de rapports d'experts qui préconisaient notamment la suppression de la loi sur le voile à l'école.

La Suisse, exemple ou repoussoir?

«Je trouve indécent que Jean-Marc Ayrault remette sur la table cette semaine des propositions sur l'intégration qui sont du copié-collé de rapports qu'avec un certain nombre de mes amis, nous avions dénoncé à l'Assemblée comme au Sénat», a ainsi affirmé dimanche le président de l'UMP, Jean-François Copé. «Si ça continue comme ça, nous allons avoir un pays qui va perdre toute la volonté de vivre ensemble», a-t-il mis en garde.

La présentation de la feuille de route du gouvernement va de surcroît intervenir juste après la votation suisse en faveur d'une limitation de l'immigration et de quotas migratoires, interprétée par M. Valls comme un «signe préoccupant de repli sur soi».

François Fillon y voit au contraire un exemple à suivre pour la France et l'Europe. Il s'agirait de «décider chaque année, en fonction de la capacité d'intégration du pays - son économie, les logements disponibles, la capacité d'accueil des services publics, les écoles, etc. - combien de personnes extérieures on peut accueillir», a plaidé lundi l'ancien Premier ministre.