Christiane Taubira le 6 novmebre 2013 à sa sortie du Conseil des ministres.
Christiane Taubira le 6 novmebre 2013 à sa sortie du Conseil des ministres. — REVELLI-BEAUMONT/SIPA

POLITIQUE

Affaire Falletti: Christiane Taubira sur le banc des accusés

La droite tente de faire monter l’affaire, un «scandale d’Etat» d’après Jean-François Copé...

Coup dur pour Christiane Taubira et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. La ministre de la Justice se retrouve sous le feu des critiques après qu’elle a tenté de faire muter un haut magistrat nommé par Nicolas Sarkozy et que l’homme, le procureur général de Paris François Falletti, s’en est plaint au Conseil supérieur de la magistrature.

Au mieux une maladresse, au pire de scandaleuses pressions: l'information provoquait ce mercredi des réactions outrées dans la profession et l'opposition. Pour Jean-François Copé, il s’agit tout simple d’un «scandale d’Etat». «Voilà que la gauche qui nous a donné tellement de leçons de morale est en train de mettre en oeuvre des pratiques que jamais je n'aurais imaginé qu'on puisse voir en cette période», a dit le patron de l’UMP.

Les syndicats de magistrats outrés

«Les masques sont en train de tomber. Madame Taubira apparaît sous son vrai jour, sectaire, politisée et manoeuvrière. Et ce qui est révélé est scandaleux, c'est inadmissible», a affirmé de son côté Christian Jacob, patron des députés UMP. «La révélation de ce sectarisme me choque au plus haut point de la part d'une ministre de la Justice», a insisté le président des députés UMP.

«Cette nouvelle marque de mépris pour l'indépendance de la magistrature ne peut qu'inquiéter», s'est indignée l'Union syndicale des magistrats (USM), syndicat majoritaire, tout en déplorant également la «récupération pathétique par certains UMP du cas Falletti». Cette histoire «consternante», pour l'USM, démontre en effet «la persistance des pratiques bien connues de l'ancienne majorité» consistant à déplacer au gré des aléas politiques des magistrats «dont les décisions pourraient s'avérer gênantes».

L'affaire a été révélée par Le Canard enchaîné de ce mercredi. François Falletti, 64 ans, nommé procureur général près la cour d'appel de Paris par la droite en janvier 2010, a été convoqué le 27 janvier à la Chancellerie, où il a été reçu par la direction du cabinet de la ministre de la Justice. Là, il lui a été proposé un poste d'avocat général à la Cour de cassation, qu'il a refusé.

Taubira défend sa méthode

Pour la Chancellerie, rien de plus normal: il a refusé, on en reste là, a assuré mardi soir le ministère, en réfutant toute intention de «le limoger ou de le contraindre à démissionner».  «Il a été invité à cet entretien, qui est tout à fait classique, par la direction de mon cabinet», s’est justifiée Christiane Taubira à l’Assemblée nationale, interrogée par le député UMP Georges Fenech. Et le magistrat a mis «huit jours» pour faire part à la ministre, dans un courrier, «de son interprétation» de l’entretien. «S'il y a une question sur les méthodes, ce ne sont certainement pas sur les miennes», a répliqué la ministre de la Justice.

Alain Vidalies, le ministre des Relations avec le Parlement a jugé plus tôt qu’il n’y avait pas de quoi «fouetter un chat» tandis que Najat Vallaud-Belkacem a pointé du doigt l’UMP, accusée d’«exploitation politicienne», «extrêmement choquante», de cet entretien.

François Falletti a de son côté confirmé à l’AFP qu’il lui avait été demandé «avec insistance» de rejoindre la Cour de cassation car la Chancellerie voulait à la tête du parquet général un magistrat «qui partage la sensibilité de la place Vendôme». «Cela m'a retourné», a-t-il dit, en mettant en avant ses «quarante ans de vie professionnelle».