Baisse de forme pour Manuel Valls

POLITIQUE Les sondages sont moins bons, les critiques se multiplient mais le ministre de l'Intérieur reste toujours le plus populaire à gauche...

M.P. avec AFP

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Manuel Valls au ministère de l'Intérieur le 31 janvier 2014.
Manuel Valls au ministère de l'Intérieur le 31 janvier 2014. — F. DUFOUR / AFP

«Le ministre de l'Intérieur tire la couverture à lui, pour des ambitions, on le sait tous, (...) il occupe décidément trop l'avant-scène.» Cette sentence a dix ans, visait Nicolas Sarkozy et était proférée par le député PS Manuel Valls concernant Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, on pourrait être tenté de faire le parallèle avec l’ancien président, alors qu’il est devenu l’une des cibles de son camp et de l’opposition.

Il lui est notamment reproché d’être monté lundi matin en première ligne pour assurer que le gouvernement rejetterait tout amendement sur la PMA, pile au lendemain des grandes manifestations de la «Manif pour tous». «Je ne savais pas que la Procréation médicalement assistée (PMA) et la Gestation pour autrui (GPA) étaient des sujets de sécurité publique», a ironisé mardi le député écologiste (EELV) François de Rugy. Comme Nicolas Sarkozy avant lui, Manuel Valls est souvent accusé de jouer le rôle de «ministre de l'Actualité», comme ça a été le cas fin décembre lors de son bras de fer -dont il est finalement sorti vainqueur- avec Dieudonné.

Le ministre de l'actualité

Sa mise en garde solennelle, dans les colonnes du Journal du Dimanche, contre «l'émergence d'un Tea Party à la Française» avant le nouveau rassemblement de la «Manif pour tous», qui s'est finalement déroulé dans le calme, lui a également été vertement reprochée. «C'est à se demander même s'il ne souhaitait pas de débordements», a insisté Jérôme Lavrilleux, bras droit du président de l'UMP Jean-François Copé.

Pourtant, comme Nicolas Sarkozy à l’époque, Manuel Valls est le ministre le plus populaire de son gouvernement, et ravit régulièrement la vedette au Premier ministre. «Dans les commentaires, ce que je sens, c'est qu'il n'y a pas photo entre lui et le Premier ministre quand il s'exprime à l'Assemblée nationale. Le Premier ministre a moins de puissance, de carrure», commente le député socialiste Malek Boutih, très critique envers Jean-Marc Ayrault.

Manuel Valls, qui a toujours un œil sur ses courbes de popularité, a toutefois enregistré une chute chez plusieurs instituts de sondages en ce début d'année: -9 points à 48% d'opinions positives chez Harris Interactive, moins 6 points (49%) dans le baromètre mensuel BVA (20 janvier), -7 pts (31%) pour l'institut YouGov. Il cède la tête du tableau de bord mensuel des personnalités (-7 pts, 61%) Ifop pour Paris-Match, publié le 14 janvier, enregistrant même une chute de 24 points chez les moins de 25 ans.

Période électorale clivante

«C'est une chute, mais ce n'est pas un effondrement comme on avait pu le constater, par exemple, pour François Fillon et Jean-François Copé lors de l'élection interne à l'UMP», relève Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop. Surtout, «Manuel Valls tient bien à gauche, il est stable chez les sympathisants socialistes à 80%, mais il perd surtout chez les sympathisants UMP. C'est la première fois depuis le début du quinquennat qu'il n'échappe plus au clivage gauche-droite», explique le sondeur, pour qui «il y a peut-être un effet Dieudonné chez les jeunes, mais il convient de rester prudent, au regard de la marge d'erreur» des sondages.

«Sur Dieudonné, il y a eu une vraie prise de risque de sa part, mais il pensait que c'était indispensable», estime-t-on dans son entourage, qui relativise ces baisses dans l'opinion. Et insiste sur le «socle très important de sympathisants PS», qui forge sa popularité et attribue ce «correctif» à l'approche des élections municipales, période forcément «clivante», et dans laquelle il s’implique fortement.