Manifs: La majorité doit-elle organiser un «sursaut républicain»?

POLITIQUE La proposition du PS d’une «grande manifestation» pour la défense des valeurs républicaines apparaît surtout comme une volonté de coincer la droite sur le sujet...

Enora Ollivier

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Manuel Valls, le 1er février 2014, au ministère de l'Intérieur.
Manuel Valls, le 1er février 2014, au ministère de l'Intérieur. — Bernard BISSON/JDD/SIPA

Résurgence du climat des années 1930, anti-républicanisme, émergence d’un «tea-party» à la française… La majorité, Manuel Valls en tête, n’a pas de mots assez durs pour qualifier les manifestations antigouvernementales de ces derniers jours.  A tel point que le Parti socialiste, par la voix de son porte-parole David Assouline, a appelé à ce que «la France de la fraternité se manifeste fortement» pour «affirmer ce message de défense des valeurs de la République sans aucune concession».

«Il faut que cette France-là montre qu'elle est majoritaire et qu'il n'y a pas de place dans la République» pour ceux qui ont des messages haineux, a-t-il ajouté, évoquant la possibilité d’une «grande manifestation».

«Arrêter d’agiter le chiffon rouge du risque pour la République»

Mais cette proposition est surtout un moyen de forcer l’UMP à se positionner, alors que certains de ses membres ont défilé dimanche avec la Manif pour tous, contre la soi-disante «théorie du genre» à l’école ou une hypothétique légalisation de la GPA.  «Jusqu’à preuve du contraire, on a le droit de manifester. Il faut arrêter d’agiter le chiffon rouge du risque pour la République!», s’étrangle Valérie Debord, déléguée générale adjointe de l'UMP, qui se dit «très très choquée que le PS soit sur cette ligne».

Evoquer un «climat des années 1930» est selon elle «inqualifiable»: «le parti socialiste essaie de tromper les Français en faisant l’amalgame entre le "jour de colère", que l’UMP a condamné et une manifestation de familles qui s’est déroulée dans le calme».

Valls «prépare le terrain de 2017»

Une mobilisation organisée par le PS sur le sujet du sursaut républicain, «c’est le bide assuré», prédit de son côté François Delapierre, secrétaire national du Parti de gauche. C’est un «appel à manifester derrière les gens qui sont responsables du chaos actuel», estime-t-il.

Car selon lui, Manuel Valls, tout en dénonçant l’émergence d’un «tea-party» à la française, s’en «frotte en réalité les mains». «Il est en train de préparer le terrain de 2017, qui mettrait face à face une droite radicalisée à une figure de l’ordre – si possible lui-même», analyse le conseiller régional l’Ile-de-France. Pour qui le «calcul» du ministre est de «faire la paix avec la droite économique» pour mieux «continuer la bagarre sur le sujet de la famille, en cornérisant l’UMP». C’est pourtant «un terrain glissant», lâche-t-il, suggérant plutôt à l’exécutif de «faire son travail» pour faire baisser le chômage ou s’occuper de l’intégration des Roms.