Européennes: Aymeric Chauprade, la tête de liste FN controversée en Ile-de-France

Alexandre Sulzer

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Aymeric Chauprade, conseiller spécial de Marine Le Pen sur les questions internationales et tête de liste du Rassemblement Bleu Marine aux européennes en Ile-de-France, lors d'une conférence de presse le 22 janvier 2014.
Aymeric Chauprade, conseiller spécial de Marine Le Pen sur les questions internationales et tête de liste du Rassemblement Bleu Marine aux européennes en Ile-de-France, lors d'une conférence de presse le 22 janvier 2014. — LCHAM/SIPA

C’est en grande pompe et en famille, puisque sa nièce Marion et sa sœur Yann étaient présentes, que Marine Le Pen a présenté à la presse mercredi la tête de liste du Rassemblement Bleu Marine en Ile-de-France aux Européennes, Aymeric Chauprade. Une arrivée sur la scène publique par la grande porte donc pour celui qui, dans l’ombre, avait déjà écrit le volet international du programme de Marine Le Pen à la présidentielle de 2012 et qui conseille la présidente du FN depuis quatre ans. Il a d’ailleurs été officiellement nommé mercredi «conseiller spécial» en charge des questions internationales.

Sur le papier et devant les photographes, ce géopoliticien surdiplômé incarne merveilleusement bien la nouvelle image que le FN veut donner de lui-même: celle d’un parti doté de cadres compétents, pointus et sans écart de langage.

 A 45 ans, ce docteur en sciences politiques, diplômé de Sciences-Po Paris, licencié ès mathématiques et titulaire d’un DEA de droit international public, a enseigné à la Sorbonne ou encore à l’ENA. «De 2003 à 2009, il est à la fois titulaire de la chaire d’histoire des idées politiques de l’université de Neuchâtel, en Suisse, et de la chaire de géopolitique de l’Ecole de Guerre à Paris», vante le dossier de presse du FN. Sans préciser que le ministre de la Défense de l’époque, Hervé Morin, avait mis fin à ses fonctions d'enseignant à ce qui s’appelait alors «Collège Interarmées de défense (CID)»  «Dans l’un de ses livres, il faisait une large place à l’idée que le 11-Septembre était une conspiration américano-sioniste. Il n’avait rien à faire dans une école de la République», fulmine encore aujourd’hui Hervé Morin.

 «Une polémique réglée devant les tribunaux»

 Le rappeler énerve Marine Le Pen pour qui cela fait «renaître une polémique réglée par les tribunaux». Le tribunal administratif de Paris avait en effet annulé le 1er juin 2011 la décision d’exclusion pour cause de «procédure irrégulière». Les magistrats avaient toutefois estimé qu’Aymeric Chauprade avait livré «sans distance critique suffisante une présentation flatteuse de ces thèses [du complot]» dans ses écrits, ce qui constituait «un manquement au devoir de réserve qui s'impose à tout agent public en dehors du service».

Désormais, Aymeric Chauprade préfère esquiver la question. Interrogé par 20 Minutes sur l’identité des responsables du 11-Septembre, il assure ne pas avoir «de réponse définitive» ni d’ «éléments précis» pour y répondre. «Comme universitaire, je lis ce qui s’écrit ici ou là.» «Il n’affirmait rien qui soit irrecevable mais son enseignement était ambigu, ne sentait pas bon. C’est clairement un garçon d’extrême droite», confie un haut gradé qui a suivi de près ses cours à l’Ecole de guerre. Une école dans laquelle Aymeric Chauprade assure être revenu régulièrement pour «participer à des conférences». La dernière en date remonterait à décembre 2013. Contactée, l’Ecole n’avait pas confirmé mercredi après-midi cette affirmation.

Le régime de Damas auteur d’«excès»

Mercredi, il était en tous les cas au diapason avec Marine Le Pen pour dénoncer ce qu’elle appelle une «alliance inquiétante» de la France avec l’Arabie Saoudite, «cœur identitaire et financier de l’islamisme mondial». Car, aux yeux du FN, Paris entretiendrait, sur fond de «dérive atlantiste», une alliance objective avec l’islamisme sunnite, notamment en Syrie. Aymeric Chauprade a d’ailleurs estimé que le régime de Bachar el-Assad, dominé par les alaouites (chiites), défend «l’unité du pays (…) face à un projet islamiste» -une unité que le FN «soutient»- «avec des outils pas adaptés à la contre-guérilla». Ce qui a pour conséquences qu’ «il peut y avoir un certain nombre d’excès».

Tout à sa critique contre l’Arabie Saoudite, Marine Le Pen a regretté qu’un rapport américain du Congrès sur les attentats du 11-Septembre «qui contiendrait des révélations fracassantes sur la complicité entre le GIP, les services secrets saoudiens, et les pilotes kamikazes» n’ait pas été déclassifié. Histoire de lire ce qui s’écrit ici ou là.

Mise à jour le 23 janvier: le ministère de la Défense assure qu'Aymeric Chauprade n'a plus donné de conférences à l'école de guerre depuis 2009.