L’UMP mal à l’aise sur la question de l’IVG

Alexandre Sulzer
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Paris le 7 juin 2011. Palais Bourbon. Illustration séance Assemblée nationale. Députés. Hémicycle. Ministres.
Paris le 7 juin 2011. Palais Bourbon. Illustration séance Assemblée nationale. Députés. Hémicycle. Ministres. — ALEXANDRE GELEBART / 20 MINUTES

Le déremboursement de l’IVG est-il le nouveau cheval de bataille de la droite française? Une quinzaine de députés UMP ont déposé un amendement à la loi sur l’égalité hommes-femmes, en lecture à partir de lundi à l’Assemblée nationale. Pour eux, «si la notion de détresse est supprimée dans la définition de l’interruption volontaire de grossesse, les conditions de remboursement de l’acte par la sécurité sociale ne sont plus remplies».  Une référence à un amendement socialiste selon lequel une femme peut avoir recours à l’IVG si elle «ne veut pas poursuivre une grossesse». Et non plus, comme cela est écrit dans la loi Veil, parce que «son état la place dans une situation de détresse».

Proposition de Marine Le Pen

Mais dérembourser l’IVG n’est pas une proposition anodine: Marine Le Pen l’avait inscrit dans son programme pour la présidentielle 2012. A l’époque, le ministre du Travail et de la Santé Xavier Bertrand avait fait valoir qu’il «n'aurait jamais imaginé qu'on puisse en France, après l'avancée que constituait la loi Veil, imaginer qu'un ou une responsable politique puisse revenir sur cette avancée». C’est bel et bien son parti qui, aujourd’hui, met la proposition sur la table.

«C’est une positon assez dure menée par un petit groupe de mousquetaires mais ça ne reflète pas la majorité au sein de l’UMP», constate un acteur influent du groupe à l’Assemblée nationale. Aucune consigne de vote ne devrait être donnée sur le sujet.

«Ils savent qu’ils nous divisent»

«C’est malin de la part de la gauche, admet-t-on au groupe UMP de l’Assemblée nationale. En mettant du social au cœur du débat, ils savent qu’ils nous divisent.» Pour Nicole Ameline, députée UMP et présidente de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, «totalement opposée» au déremboursement de l’IVG et qui votera en faveur de la suppression de la notion de «détresse», «les droits des femmes sont menacés dans le monde, y compris en Espagne et en Pologne». L’amendement UMP serait donc à appréhender comme une attaque frontale contre les femmes. Une analyse partagée au Planning familial.

Un contexte européen particulier

«Il y a des attaques régulières contre le non-statut de l’embryon, comme le rappelle l’amendement Garraud de 2003 [qui entendait donner le statut de personne au fœtus], analyse Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning familial. Mais l’opposition à l’avortement s’est structurée à partir de groupes qui se sont reconnus dans l’opposition au mariage pour tous.» Le calendrier ne devrait donc rien au hasard d’autant que les Suisses seront aussi appelés à s’exprimer le 9 février par référendum sur le déremboursement de l’IVG.

 «Aucun agenda caché»

«Nous n’avons aucun agenda caché, l’UMP ne prépare pas ce qu’il se passe en Espagne», réagit le député UMP Philippe Gosselin, l’un des cosignataires de l’amendement. Celui-ci refuse toutefois de se prononcer sur le bien-fondé de la réforme très restrictive de l’IVG, menée par le gouvernement conservateur de Madrid. «La loi Veil de 1975 présentait un équilibre précaire mais un équilibre quand même entre droit à l’avortement et primauté de l’être humain. En supprimant de la loi la notion de “détresse”, c’est la gauche qui s’y attaque», déplore le député de la Manche qui voit sa proposition de déremboursement plutôt comme un «coup de gueule» dans le cadre d’un «nouveau front sociétal» ouvert par le gouvernement.

 A défaut d’être d’accord sur le fond, les élus UMP se rejoignent au moins sur cet élément de langage. François Fillon a ainsi estimé qu’ «en choisissant de réécrire la loi de 1975 sur l’IVG, le gouvernement fait une faute morale et politique». «Morale car il risque de “banaliser” l’avortement qui, selon les termes de Simone Veil, devait rester  “l’exception”. Faute politique, car il prend le risque de diviser, une fois encore, les Français.» Et les rangs de l’opposition.