Hollande mène-t-il une politique de droite?

POLITIQUE En promettant baisse de la dépense publique et exonération de charges sociales...

Maud Pierron

— 

François Hollande le 14 janvier 2013 à l'Elysée.
François Hollande le 14 janvier 2013 à l'Elysée. — A. JOCARD / AFP

Une suppression de charges sociales de 30 milliards d’euros, une baisse des dépenses publiques de 50 milliards d’euros d’ici 2017, une politique de relance par «l’offre» assumée et une défense de l’entreprise très marquée. François Hollande n’a pas vraiment mis le cap à gauche, mardi, mais la politique qu’il entend mener est-elle pour autant de droite, comme Jean-Luc Mélenchon l’assène en enjoignant les députés PS et EELV à «rompre»? A cette question, Stéphane Le Foll, l’un des fidèles de François Hollande, a rétorqué ce mercredi sur France Info: «Pourquoi vous vous posez des questions comme ça, laissant entendre qu'il n'y aurait pas de différences? Je peux tout à fait tenir sur ce sujet et vous dire qu'il y a des différences. Sauf qu'en économie, il y a des réalités. Ces réalités, c'est qu'on a un problème de déficit commercial, on a perdu malheureusement des parts de marché, dans tout un tas de domaines et il faut se redresser.»

Mais la démonstration ne convainc pas vraiment à gauche. «Quand on voit que c’est la droite et le Medef qui applaudissent et que chez la gauche et les syndicats, il y a a minima de la réserve…» se lamente un cadre socialiste. Et d’ajouter: «S’il pense que le Medef va voter pour lui, il se trompe. Il croit qu’il va nous couillonner avec les mots comme à un congrès du PS.» C’est peu dire que les annonces du chef de l’Etat ont laissé un goût amer dans la bouche de certains responsables PS. Parce que la suppression des charges sociales figure dans le programme adopté par l’UMP en décembre 2013, parce qu’à droite, même ceux qui critiquent tels Jean-François Copé, notent que François Hollande en vient désormais, quoique trop tard, à appliquer la politique que Nicolas Sarkozy avait voulu mettre en place.

«Le discours de Sarkozy, de Merkel et du Medef»

«Pour l’heure, ce n’est pas une politique de droite mais il y a un risque que cela le devienne. C’est en tout cas très éloigné du programme sur lequel François Hollande a été élu en 2012, la gauche ne peut pas en penser du bien», note plus sobrement Marie-Noëlle Lienemann. «Je me demande comment nos électeurs de gauche vont s’y retrouver», ajoute Emmanuel Maurel, leader de l’aile gauche du PS, même si aucun des deux ne reproche directement au chef de l’Etat une politique de droite.

«Il a été très clair sur les avantages accordés et très flou sur les contreparties que les entreprises devront donner», tance Emmanuel Maurel, tenant de l’aile gauche au PS. «C’est une reprise du discours de Sarkozy, de Merkel, du Medef», s’étrangle la sénatrice. D’autant qu’«il n’a été à aucun moment question de sanctions éventuelles pour les entreprises qui ne joueraient pas le jeu. Avec le CICE (Crédit d'impôt compétitivité emploi), il y a une possibilité de modulation; avec la suppression des cotisations familiales, ce seront toutes les entreprises qui en bénéficieront, sans distinction, qu’elles jouent le jeu ou non», analyse la sénatrice.

D’autant, notent les deux tenants de l’aile gauche du PS, que cette politique d’exonération de charges sociales pour booster l’emploi, c’est «le libéralisme à l’état pur qui n’a jamais marché». Et de prendre l’exemple de la baisse de la TVA accordée aux restaurateurs en 2009.

Engager la responsabilité du gouvernement, «un acte de faiblesse»

La réponse de Hollande à un journaliste qui lui demandait mardi, vu la baisse des dépenses publiques qu'il annonçait, quelle était la différence entre sa politique et celle menée par Nicolas Sarkozy, est aussi assez mal passé. «D'abord il ne l'a pas fait. Quand il est parti, la dépense publique représentait 56% de la richesse nationale. C'était 52% à son arrivée. Est-ce qu'il y a eu un progrès majeur? Non», a-t-il expliqué, ajoutant que de ce fait, à cause d'une dette publique trop important, «on risque de mettre en cause notre modèle social». Cette baisse de la dépense publique, «c’est aberrant, c’est une folie financière», lâche Marie-Noëlle Lienemann. Car les 50 milliards d’euros de baisse de la dépense publique, explique-t-elle, ont déjà été annoncés par Hollande en amont, dans l’effort promis à l’UE pour rétablir les comptes. Du coup, calcule-t-elle, si on estime que dans les 30 milliards d’exonérations de charges d'ici 2017, on peut compter les 20 milliards du CICE, il reste 10 milliards à trouver. Ajoutés aux 50 milliards d’euros de coupes, alors ce sont «60 milliards d’euros de baisse des dépenses publiques qu’il faut trouver d’ici 2017, sur un budget de 1.000 milliards d’euros, soit 6% [Hollande lui a parlé de 4%, Ndlr]. Cela aura forcément un effet récessif, c’est de l’austérité, c'est anti-emploi», s’étrangle-t-elle. «On est déjà à l’os dans de nombreux secteurs publics, je ne vois pas comment on peut couper plus», abonde Emmanuel Maurel, qui craint que la protection sociale en prenne un coup.

Enfin, dernier point qui passe mal: le fait que le gouvernement engage sa responsabilité à l’Assemblée nationale sur le futur texte à l’automne prochain pour «tenir sa majorité». «Ce n’est pas opportun, ce n’est pas la tradition de la gauche d’être soumise à l’exécutif», explique Emmanuel Maurel, qui promet, d’ici là «d’être plus que vigilant et combatif pour faire entendre la voix de nombreux socialistes.» «La gauche a toujours été hostile à cette procédure, renchérit Marie-Noëlle Lienemann. C’est un acte de faiblesse, s’il pensait avoir le soutien de sa majorité, de gauche, il ne ferait pas appel à l’artillerie lourde».