Conférence de presse: Les paris de François Hollande

Maud Pierron

— 

François Hollande lors de sa conférence de presse à l'Elysée, le 14 janvier 2014.
François Hollande lors de sa conférence de presse à l'Elysée, le 14 janvier 2014. — ALAIN JOCARD / AFP

S’il y a une seule annonce à retenir de la troisième grande conférence de presse de François Hollande, outre celle relative à sa vie privée, c’est la baisse des charges de 30 milliards d’euros pour les entreprises d’ici 2017, avec la suppression des cotisations familiales.

La responsabilité du gouvernement engagée

Pour le chef de l’Etat, le pacte de responsabilité, présenté comme «le plus grand compromis social depuis des décennies», est un pari. Un pari proposé aux partenaires sociaux, qui en critiquent déjà le mécanicisme mais qui devront le négocier, un pari avec les entreprises qui, compte tenu des allégements de charges annoncés, devront jouer le jeu et embaucher. Et enfin un pari, si ce n’est un défi à sa majorité, dont l’aile gauche doit déjà s’étouffer ce mardi soir. Car Hollande, en précisant que le gouvernement engagera sa responsabilité sur ce texte «à l’automne» devant l’Assemblée nationale après un long processus de concertation et notamment une «grande conférence sociale au printemps», ne laisse aucun choix aux récalcitrants. A moins qu’ils aient envie de faire tomber le gouvernement et plongent l’exécutif dans une crise dont on se demande comment il pourrait se relever.

>> Retrouvez par ici les réactions aux annonces de François Hollande

Mais ça devrait en démanger quelques-uns, à chaud ce mardi soir, qui penseraient que c’est de toute façon une politique de droite, surtout après avoir entendu le chef de l’Etat annoncer qu’«entre 2015 et 2017, nous devrons dégager 50 milliards d’économies». Ce sera des «réformes structurelles», qui pèseront notamment sur les collectivités locales, a indiqué François Hollande. Pour le reste, pas de modalités concrètes mais l’annonce de la création d’un haut conseil du financement de la protection sociale, d’un observatoire des contreparties des entreprises et d’un conseil stratégique de la dépense.

>> Point par point: Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse de François Hollande

Le meilleur ambassadeur des entreprises

Tout au long de sa très longue conférence de presse, François Hollande a assumé et vanté sa politique de l’«l’offre», bien loin de la traditionnelle philosophie socialiste. «Si nous voulons inverser durablement la courbe du chômage, il faut que les  entreprises créent de l’emploi», et donc leur redonner un peu de marge pour embaucher, a insisté un François Hollande qui passe pour le meilleur ambassadeur des entreprises. «S’il n’y a pas les entreprises, si elles ne créent pas d’activité, comment redistribuer», a-t-il résumé le fond de sa pensée.

Un virage libéral? Il le réfute, puisque que lorsqu’ «on tourne, on est obligé de ralentir, or moi je veux accélérer».  «L’emploi est ma priorité absolue, ma boussole», a-t-il simplement éludé, rappelant la «réalité» de la situation de la France et les comptes dégradés qu’il a trouvé le soir du 6 mai. Pourtant, la question de son positionnement idéologique et même de son identité est revenue plusieurs fois sur le tapis, dans les questions des journalistes, et dans la bouche de François Hollande. «Qui suis-je? Suis-je un social-démocrate ? Oui», a-t-il lâché, se permettant une note d’humour: «S’il suffisait d’être de gauche pour creuser les déficits, alors ceux qui m’ont précédé sont d’extrême gauche.» Puis d’ajouter: «Social, je le suis, réformiste, réaliste mais surtout patriote.» Il a fallu attendre plus de deux heures pour que Hollande parle d’une «politique de gauche». Osant même affirmer que le discours du Bourget, son grand discours marqué à gauche durant la campagne, «reste [sa] référence». Ce qui a fait bruisser la salle des fêtes de l’Elysée, où s’entassaient quelque 600 journalistes.