Dieudonné: «Asu Zoa», une version moins explicite du spectacle interdit

REPORTAGE Après la polémique autour des spectacles de Dieudonné, «20 Minutes» a assisté au nouveau show du polémiste lundi soir au théâtre de la Main d'or...

Alexandre Sulzer

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La file d'attente devant le théâtre de la Main d'or, à Paris, où Dieudonné jouait son spectacle «Asu Zoa», le 13 janvier 2014
La file d'attente devant le théâtre de la Main d'or, à Paris, où Dieudonné jouait son spectacle «Asu Zoa», le 13 janvier 2014 — MEUNIER AURELIEN/SIPA

Rires et tensions. Dans la longue queue des spectateurs venus assister lundi soir au théâtre de la main d'or (Paris, 11e) à «Asu Zoa», le «nouveau spectacle» de Dieudonné, les fans du polémiste offrent un double visage. Côté rires, ils se moquent des journalistes présents, une fan rigole: «mon patron est juif. S'il voit que je suis là, je me fais virer direct!» Côté tensions, un jeune évoque avec amertume l'affaire Dieudonné, «devenue une affaire internationale à cause de Jérusalem». Ou un autre qui distille à ses amis des conseils pour la sortie: «si on vous demande de quoi il a parlé, on dit de chiens, de chats et d'oiseaux. Les médias nous désinforment, qu'ils ne comptent pas sur nous pour les informer!»



La foule entre enfin dans la salle de spectacle, après un passage obligé devant le bar, les goodies Dieudonné et le mur de quenelles où des clichés montrent des fans faisant le geste controversé dans des lieux aussi divers que devant le mur des Lamentations, Copacabana ou devant un panneau de sortie de Feuges (Aube) sur lequel le nom de la commune est barré.

La position de victime

Dans le petit espace plein comme un oeuf, l'ambiance est survoltée. Les fans entonnent, sur l'air du chant des partisans, «François [Hollande], la sens-tu, qui se glisse dans ton cul, la quenelle...» Et la décline avec Julie Gayet et Ariel Sharon. En chemise noire et baggy, Dieudonné apparaît. D'emblée, il évoque l'actualité récente. Mimant des tremblements, il lance: «ils sont tous comme ça au conseil d'Etat...» Suit un  show d'une heure et demie au cours duquel il campe des personnages variés comme un vieux tirailleur sénégalais, un suprématiste noir antillais, un Camerounais qui vend des enfants à des couples gays français ou lui-même fuyant la fin du monde à Bugarach (Aude).

Mais entre tous ces sketchs déjà présents dans «Le mur», selon l'AFP, Dieudonné disserte sur l'actualité, parle surtout de lui, sur un ton grinçant, dans un entre-deux entre premier et second degré. Avec toujours la même position: celle de la victime. Loin du «spectacle de danse et de musique, de mime et quelques mouvements de taï-chi s'inspirant de mythes ancestraux et de croyances primitives», promis pour justifier la levée de l'interdiction de son «précédent» spectacle.

Patrick Timsit a sa «carte du club»

Certains passages les plus polémiques ont été supprimés, d'autres simplement modifiés. Si la référence explicite au maréchal Pétain, qui apparaissait auparavant comme le président «préféré» de Dieudonné, a disparu, il dit préférer les présidents «quand ils ont la moustache». Concernant le journaliste de France Inter Patrick Cohen, si les chambres à gaz ne lui sont plus associées, son nom est évoqué. Huées générales dans la salle. «Je n'ai pas le droit de lui répondre: "le nègre, tu fermes ta gueule!"»

Elie Semoun et Patrick Timsit sont aussi attaqués. Si ce dernier a le droit de dire qu'Hitler a du génie, c'est parce qu'il a «une carte du club». Tout le monde comprend et rigole de bon cœur. D'autres sous-entendus sur le judaïsme, la Shoah et les soi-disant tabous associés parsèment le show comme dans ce dialogue: «Dieudo, tu montes dans le train... Attention à tes trains...» Au sujet des manuels scolaires d'histoire: «Mon fils a mangé un chapitre, tu m'étonnes qu'il ait eu la chiasse». Ou sur Hollande et Taubira (à son nom, un cri de singe s'élève dans la salle): «j'ai crû qu'il allait la juif...la gifler.»

«C'est le maître banquier qui décide de tout»

«C'est le maître banquier qui décide de tout. Si tu t'échappes, tu deviens raciste. Moi, c'est ce qui m'est arrivé», poursuit Dieudonné qui a installé sur scène un mur. D'un côté, lui. De l'autre, «les politiques, les médias et les banques». Parmi ses adversaires, Dieudonné réserve un sort particulier à Alain Jakubowicz dont l'évocation du nom est accompagnée de musique klezmer. Il l'imite, comme dans «Le mur», convoquant Manuel Valls à 7h du matin pour lui donner des instructions. «Il était là, à 6h, il rampait sur le sol.» «Derrière chacun de tous ses rires, il y a une balle. Souffrance absolue, souffrance lumière», imite-t-il Jakubowicz, au sujet des accusations d'antisémitisme que celui-ci lui porte.

A la fin du spectacle, la chanson "Shoah-nanas" - fredonnée du bout des lèvres par Dieudonné sur un autre air au cours du show - est remplacée par un nouveau chant des partisans à la sauce quenelle. Une quenelle que Dieudonné place «dans le fond de la peur», en guise de conclusion. La lettre du spectacle a changé mais «l'esprit est resté le même», s'en va, ravi, un spectateur.