Manuel Valls grand gagnant du duel avec Dieudonné

Alexandre Sulzer
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Manuel Valls au ministère de l'Intérieur le 3 janvier 2014.
Manuel Valls au ministère de l'Intérieur le 3 janvier 2014. — LIONEL BONAVENTURE / AFP

C’est une «victoire de la République», s’est félicité jeudi le ministre de l’Intérieur Manuel Valls à Brest, en apprenant l’annulation de la décision du tribunal administratif de Nantes par le conseil d’Etat. Un arrêt qui confirme l’interdiction du spectacle de Dieudonné. Mais c’est indiscutablement une victoire personnelle que savoure le locataire de la place Beauvau qui s’est engagé pleinement et personnellement dans la bataille. Le matin, il assurait que «le rôle d'un responsable politique est de prendre des risques». L’après-midi, riche en rebondissements judiciaires, ne l’a pas démenti.

«Il a montré sa détermination d’homme d’Etat», constate le député de l’Essonne Carlos da Silva, un proche de Valls. «Mais quelles que soient les décisions de justice, c’était une victoire de nommer les choses par leur nom et de dire que Dieudonné n’est pas un humoriste mais un homme politique de la plus basse engeance», confie-t-il à 20 Minutes.

Règlements de comptes au sein du PS

Pourtant, entre les deux décisions de justice, Manuel Valls s’était pris une volée de bois vert par différents acteurs politiques. Pour le Parti de gauche, la formation de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Valls s’était «engagé de la pire des façons dans cette affaire, tournant tous les feux des médias sur cette décision sans s’assurer des moyens d’action.» «Son appétit politicien de récupération de la lutte contre l’antisémitisme et son partenariat communautariste avec le CRIF ont fait le jeu de Dieudonné. Il ne faut jamais croire Manuel Valls!», attaquait le secrétaire national, Alexis Corbière.

Même au sein du PS, certains reproches s’étaient vite fait jour. Le député de Seine-Saint-Denis Razzy Hammadi s’était interrogé lui aussi sur la méthode Valls après la levée de l’interdiction: «pourquoi utiliser un recours dont on n’est pas certain du résultat? Va-t-on feuilletonner cette affaire jusqu’à la cour européenne des droits de l’homme en garantissant à l’intéressé une rente médiatique alors que l’objectif initial est de lutter contre le racisme et l’antisémitisme?»

Des critiques persistantes sur la publicité faite par Valls

Des critiques qui reviennent en boomerang contre leurs auteurs après l’arrêt du conseil d’Etat. «On voit dans ces moments-là ce qu’il reste à faire à gauche pour que certains s’inscrivent dans le cadre républicain», contre-attaque Carlos da Sila qui estime, en référence à la décision du tribunal administratif de Nantes, qu’«au moindre retournement de vent, certains ont fait preuve de couardise et de lâcheté». Le député de l’Essonne les «invite à faire preuve de plus de retenue vis-à-vis de Manuel Valls la prochaine fois». Le message est on ne peut plus clair.

Au sein de l’UMP, le député Guillaume Larrivé, qui a été directeur adjoint du cabinet de Brice Hortefeux place Beauvau et conseiller aux affaires juridiques de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, et qui soutenait la démarche d’interdiction du spectacle, estime lui qu’il «ne faut pas faire une analyse politique d’une action juridique nécessaire». Ce qui ne l’empêche pas de regretter que Manuel Valls ait fait de «l’affaire M’Bala M’Bala l’alpha et l’oméga du débat public en France». Et de parler d’ «opération de diversion» du gouvernement. «Nicolas Sarkozy avait dissous la tribu Ka [un groupuscule suprématiste noir]en 2006 et Génération Kami Seba en 2009 sans en parler», assure-t-il.

Cette publicité n'aurait-elle pas permis d'infléchir la décision du conseil d'Etat alors que, par le passé, de nombreux tribunaux administratifs avaient cassé les interdictions de se produire pour Dieudonné. Sans que la haute juridiction administrative ne viennen les démentir? «Le juge des référés Bernard Stirn est un des meilleurs esprits juridiques de France, répond Guillaume Larrivé. Il ne reçoit d'instructions de personne et réfléchit en droit.»